Hier, comme à mon habitude, je me suis offert une petite soirée de résultats électoraux. Et comme toujours, face à ce parterre de bonimenteurs brasseurs d'air et de journalistes calamiteux, je me suis quelque peu énervé. Ça tombe bien, cela me permet d'inaugurer une section de billets d'humeur sur ce tout récent blog.
Pour commencer, il me semble nécessaire de revenir sur les résultats et de présenter à des fins d'analyse les chiffres réels, ceux que vous ne verrez nulle part à la télé ou n'entendrez pas à la radio, bref, ceux qui prennent en compte l'abstention. Hop, après quelques minutes passées sur une calculatrice, voilà ce que ça nous donne :
Vote blanc => 59,35%
UMP => 11,33%
PS => 6,7%
Europe écolo => 6,62%
Modem => 3,43%
FN => 2,58%
Front de gauche => 2,46%
NPA => 1,98%
Je m'arrête là pour épargner les petits partis suivants et leurs poussières de voix.
Avouez quand même que c'est moins reluisant présenté de cette manière, non ?
Du coup, notre premier ministre qui dit
"assumer avec gravité cet énorme succès" s'en trouve quelque peu ridicule. L'éclatante victoire de notre cher gouvernement perd un soupçon de sa brillance. Et ne parlons pas de l'apparition confinant au burlesque de ce cher Xavier Bertrand, bouffi de sourires et le caleçon tout humide de son émois, qui assène, sûr de lui, que les perdants sont ceux qui n'ont pas évoqué l'Europe dans leur campagne. Ha ha ha...
En parlant d'Europe, j'ai appris hier, alors que je me renseignais avant d'aller effectuer mon devoir de citoyen, que les découpage en huit circonscriptions avait été effectués par le gouvernement Raffarin, en 2003, afin d'éviter la veste de 1999, lorsque les gros partis s'étaient retrouvés spoliés de leurs sièges par les petits qui s'étaient goinfrés à coup de petits pourcentages. Faisant alors montre d'une rare hypocrisie, nos chers politiques avaient argué de permettre ainsi une représentation plus proche des régions avec des députés "de terrain". La belle blague. Qu'en ai-je à foutre d'envoyer à Bruxelles et Strasbourg un député "proche de moi" ? Personnellement, je n'élis pas un député européen pour qu'il me défende personnellement, moi ou ma région, mais pour qu'il fasse peser une voix qui me "convienne" (à peu près va-t-on dire) lors des débats sur l'évolution de l'Europe, point. Non, le réel effet de ce découpage ubuesque est de réserver au gros partis un nombre de sièges supérieur à celui que leurs résultats leur aurait donner droit normalement et, surtout, de priver de leurs sièges les petits partis perturbateurs.
Cela me rappelle une phrase de Robert Wright dans son excellent
"Animal moral" qui disait, grossomodo, qu'un politicien ne dépensait jamais autant d'énergie que lorsqu'il était en campagne pour se faire élire. J'y ajouterai qu'il en dépense énormément dans ce genre de redécoupages foireux qui permettront par la suite à lui et son parti de se tailler plus facilement la part du lion. Et vive la démocratie !
Quant à la soirée en elle-même, j'ai été profondément choqué par deux points.
Le premier n'est pas nouveau, il s'agit de l'aplomb phénoménal avec lequel les politiciens de tous bords nous abreuvent de blablas sans consistance, suintant, hypocrites et, personnellement, que je juge injurieux à l'égard des électeurs. S'il vous plaît, arrêtez de nous seriner que votre parti a obtenu tel résultat grâce à une campagne au coeur de l'Europe et parce qu'il incarnait le progrès face à d'autres partis rétrogrades.
Please.
Le second, c'est que jusqu'à presque 22h, il n'a été nulle part question des potentiels résultats au niveau du parlement européen. Qu'en ai-je à foutre que le PS se ramasse en France s'il écrase tout dans les 26 autres pays et vis-versa ? A la place, on a vraiment eu l'impression qu'il ne s'agissait de rien d'autre qu'une mise au point au niveau de l'équilibre des forces politiques nationales. Ah mais, j'y pense, c'était peut-être de cela qu'il retournait en fait...
Allez, arrêtons là. Oublions notre parodie de démocratie et les pourris qui nous gouvernent, et rêvons sereinement de guillotines.