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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 17:01

Gagner la guerre
Jean-Philippe Jaworski
Les Moutons Electriques éditeur - La bibliothèque voltaïque
Grand format - 684 pages
Illustration de couverture d'Arnaud Cremet

Aujourd'hui, j'inaugure une nouvelle partie de ce blog, qui consistera en petites chroniques de mes lectures. Comme il n'est pas question d'une quelconque vocation critique ici, je n'évoquerai pas tout ce qui me passe entre les mains. Je me contenterai plutôt des bouquins que j'ai aimé et sur lesquels j'ai quelque chose à dire, notamment, d'un point de vue d'auteur. L'idée est ainsi de compléter voire de développer les articles des "techniques d'écritures".



Gagner la guerre, c'est un prix des Imaginales, plusieurs nominations et très certainement d'autres prix d'ici peu, une avalanche de critiques élogieuses voire dithyrambiques, et un vrai succès puisque, d'après mes infos, l'éditeur l'a réimprimé récemment. Bref, un engouement général et... mérité.

Le cadre est celui d'une sorte d'Italie fantasmée, on pourrait dire parachronique pour employer un terme à la mode en ce moment, dont la culture et l'évolution technologique sont directement empruntées aux débuts de la Renaissance et, pour l'originalité, un système politique qui n'est pas sans rappeler la république de Rome. Le personnage principal est un homme du peuple, un voyou qui, à force de culot, d'habileté et d'intelligence, est devenu le maître espion de l'un des sénateurs les plus influents de cette république. Dans un récit narré à la première personne, on découvre une histoire complexe et tordue qui fait suite à une victoire guerrière de Ciudala sur les méchants Ressiniens. Première originalité : ce qui s'annonce souvent comme le final d'un texte de Fantasy n'est ici que le début du merdier. Car une fois les combats achevés commencent les luttes d'influence, les magouilles et les tractations secrètes où chacun cherche à tirer profit de la victoire.

Les bons points de ce roman (on peut même sans peine parler d'excellents points) résident dans une histoire délicieusement complexe et menée de main de maître, un rendu du cadre et de l'atmosphère remarquablement crédible, des personnages forts, travaillés et bien campés, des dialogues savoureux (peut-être l'une des choses les plus parfaitement maîtrisées par Jean-Philippe Jaworski) et des rebondissements souvent inattendus. Bref, un livre que je conseille et recommande vivement à l'amateur de Fantasy.

Passons maintenant au "mais". Car Gagner la guerre m'a amené à un constat des plus curieux : j'ai objectivement adoré ce bouquin, je le conseille vivement etc. mais j'ai sauté des passages entiers (ce qui m'arrive vraiment très rarement) et tiqué régulièrement durant ma lecture... Pourquoi ? En réfléchissant, je me suis rendu compte d'une impression plutôt étrange face à ce genre de livre : il se révèle excellent tout en étant souvent aisément perfectible. Contradictoire, non ?

Je vais commencer par un point qui n'engage que moi. J'ai trouvé délicieusement agréable de me plonger dans les entrailles d'une intrigue politique vraiment complexe et criante de réalisme. J'en ai été comblé parce que cela m'a changé d'une Fantasy que je suis tout simplement incapable de lire aujourd'hui, je veux parler des tolkienneries avec leurs cohortes de sorciers millénaires ayant déjà sauvé le monde quatre fois, de guerriers issus de soixante générations de rois tous plus preux les uns que les autres etc. Et pourtant, c'est précisément ce que nous sert Jean-Philippe Jaworski dans la seconde partie de son roman : une histoire d'affrontements de haute voltige entre sorciers surpuissants s'étant déroulés plusieurs siècles auparavant. Pire, cela ne sert à rien (aller, pratiquement à rien) si ce n'est à mon sens de desservir l'originalité première de l'histoire. Je peux éventuellement envisager qu'il s'agisse d'un clin d'oeil au précédent recueil de l'auteur - Janua Vera - puisque je ne l'ai pas lu, mais ça ne suffit pas à me convaincre de la judiciosité de ce passage.

Autre paradoxe : Gagner la guerre est un roman à la fois trop court et trop long. Trop court parcequ'arrivé à la fin, on reste sur sa faim, on aurait bien voulu poursuivre notre chemin en compagnie de ce sacré don Benvenuto. Et trop long car une foultitude de passages s'étirent bien trop en longueur à mon goût. Sans enlever une ligne à l'histoire, sans ôter ne serait-ce qu'une anecdote ou la moindre petite scénette, ce bouquin aurait pu aisément peser cinquante voire cent pages de moins. Car Jean-Philippe Jaworski en fait des tonnes dans ses descriptions, les élucubrations de son personnage principal etc. On se retrouve ici à la limite de la répétition et, en ce qui me concerne, du décrochage. Cela fonctionne presque car l'auteur écrit plutôt bien (j'y reviendrai), mais il n'empêche que c'est trop. Certes, l'atmosphère s'en trouve prenante et on se caille les miches avec le héros lorsqu'il marche dans la neige, mais après quatre pages de neige, de glace, de givre, de frondaisons ceci, de festonnage cela, de vent, de brise, de vêtements trempés, de chausses imbibés, de claquements de dents, de froid etc. on a certes l'envie de se boire un thé brûlant, mais on a surtout envie de passer à autre chose.

Quant au style de l'auteur, et c'est le deuxième paradoxe de ce livre, il est à la fois remarquable et bancal. On se trouve ici dans le registre du flamboyant : une avalanche de vocabulaire à la fois recherché et précis, une esquive sans fard de la répétition et un sens aigu des métaphores. C'est beau, plutôt fluide bref, un autre point fort du roman. Mais à côté de cela, on a une débauche d'auxiliaires, des verbes être et avoir partout, à un tel point qu'on pourrait croire à une conspiration. Notre langue possède une quantité effarante de verbes pouvant judicieusement remplacer l'auxiliaire être avec le double avantage d'apporter plus de précision et plus de fluidité (surtout quand on écrit au passé, qu'est-ce que c'est moche les "étais/était/étaient"). C'est d'ailleurs l'un des premiers conseils que l'on donne aux jeunes auteurs. Face au style si lissé de l'auteur, ça a de quoi surprendre.

Alors oui, certes, je chipote. Plus que cela : j'aurais très certainement laissé passer ces petites imperfections si je m'étais trouvé en présence d'un ouvrage simplement moyen plus. Mais c'est là tout le problème : Gagner la guerre est tellement remarquable et fascinant que l'on ne peut s'empêcher de s'attendre à l'oeuvre parfaite. En conséquence, ses légers défauts en apparaissent d'autant plus choquant. En même temps, c'est peut-être un avantage pour l'auteur, cela lui laisse l'occasion de nous bluffer encore plus la prochaine fois.

Allez, lisez-le, il s'agit de loin du roman de Fantasy le plus remarquable de cette année 2009.

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Published by Simon Sanahujas - dans Les bouquins des autres
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