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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 19:23

Actuellement, je répartis mon temps d'écriture entre deux travaux différents. Il s'agit principalement d'un gros projet à la fois urgent et hautement phagocyteur de temps, que j'alterne quand je peux respirer avec les corrections de la suite de "Nereliath", qui doit paraître au printemps aux éditions Asgard. Ces deux travaux ont en commun le fait que je les effectue en lien avec une personne extérieure : je bosse, j'envoie, on me renvoie, je re-bosse etc. C'est un processus moins tranquille que le fait d'écrire seul, mais très intéressant dans le sens où on apprend toujours des trucs en travaillant avec d'autres.

 

Tout ça pour dire que, samedi dernier j'ai renvoyé les fichiers des deux projets coup sur coup, puis je me suis retrouvé à attendre les retours de mes différents collègues. Et étant donnée la matière expédiée, je me doutais bien que les retours ne ma parviendraient pas tout de suite.

 

Du coup, je n'avais rien à faire de mon dimanche, au moins.

 

Du coup, je me suis attaqué à un nouveau roman.

 

Et puis aujourd'hui, après avoir renvoyé la nouvelle version du fichier de ce mystérieux gros projet (dont je ne peux évidemment rien dire, contrat, secret, blabla.) je me suis dit que sur ce blog, j'avais toujours compartimenté différentes facettes de (mes) techniques d'écriture, sans jamais véritablement les lier ensembles.

 

D'où l'idée du jour : vous expliquer comment je me lance dans un nouveau roman, hop !

 

Pour les nouveaux qui ne connaîtraient pas forcément le principe de ce blog, je rappelle qu'il ne s'agit en aucun cas d'une formule magique ou de la manière idéale de faire. Il s'agit juste de ma façon personnelle d'aborder les choses de l'écriture. Et si cela fonctionne avec moi, ce ne sera peut-être pas le cas avec vous...

 

Tout d'abord, précisons que je possédais déjà l'idée de base de ce nouveau roman. Je fonctionne toujours ainsi : les idées viennent, je les note dans un coin (de ma tête ou d'un carnet) et je ne les utilise que bien plus tard. En l'occurrence, cette idée datait déjà d'un an ou deux. Je lui avais même consacré un mini-synopsis d'une demi-page que j'ai ressorti de mes cartons.

 

1ère étape - réorganisation de l'idée :

 

Pour commencer, j'ai donc repris cette idée et j'ai commencé à y réfléchir et à la réorganiser : de quoi je parle ? Quelle est la finalité ? Ça commence comment, ça évolue comment et ça finit comment ? Bêtement, il s'agit de transformer une idée en une histoire.

 

Il s'agit d'une étape que j'effectue sans crayon ni papier, et c'est assez agréable. Je m'assoie, je bois un café, je fume et je cogite. On peut aussi passer cette étape en faisant autre chose, c'est tout à fait possible tant qu'il s'agit d'une activité ne requérant guère d'énergie cérébrale (une ballade, la vaisselle, le ménage...). Personnellement, la vaisselle me va à ravir : mon évier se trouve sous une fenêtre, ouverte sur une court tranquille tout à fait propre aux divagations romanesques.

 

Pour reprendre ma récente expérience de dimanche, cette étape a dû m'occuper une heure ou deux. Une fois que le récit s'est suffisamment complexifié dans ma tête, j'ai sorti papier et crayon pour organiser tout ça.

 

2ème étape - nouveau synopsis :

 

Mes cogitations m'ayant amené à une vision un peu plus nette de l'histoire, j'ai entrepris de fixer celle-ci en rédigeant un synopsis un peu plus détaillé. En faisant la vaisselle, j'étais parvenu au constat que mon histoire se subdivisait en deux grandes parties, lesquelles représentaient une évolution notable dans la position du personnage principal. Voici grosso modo l'état du synopsis auquel je suis parvenu :

 

* Évènements détaillés du 1er chapitre

* Action du 2ème chapitre

* Déroulé de la 1ère partie avec plusieurs événements marquants

* Déroulé plutôt vague de la seconde partie

* Fin du roman

 

A noter qu'à ce moment là, je n'avais pas d'idée précise concernant la scène finale. Je savais ce qui allait s'y passer et je connaissais la conclusion de l'histoire, mais je n'avais aucune idée de la forme que prendrait cette scène.

 

Possédant dès lors une trame relativement précise, je me suis attaqué à l'étoffer.

 

3ème étape - rassemblement d'idées :

 

Muni d'une nouvelle feuille, j'ai entrepris de remplir mon dossier d'idées. Quoi que c'est que ce truc ? Tout simplement un document central dans ma manière d'aborder l'écriture, je vous en ai parlé ici même.

 

J'y ai donc reporté en les numérotant toutes les idées qui m'étaient passé par la tête en faisant la vaisselle et en couchant mon synopsis de base sur le papier. Ces idées concernent à peu près tout et n'importe quoi. J'y ai noté des idées de scènes, de phrases, de lieux, de détails, de personnages, d'interaction etc. Certaines idées amenant des questionnements sur d'autres points du roman, et les idées en général engendrant de nouvelles idées, j'ai continué en y ajoutant un paquet de nouvelles.

 

Au final, je me suis retrouvé avec cinq pages manuscrites pour un total de 71 idées. Pour vous donner une idée, j'ai constaté récemment que, pour un roman donné, mon dossier comptait à peu près autant d'idées que le manuscrit final de pages. Donc là j'aurais peut-être eu de quoi écrire 71 pages, mais je divague, ce n'est pas le sujet...

 

Notons qu'une petite partie de ces idées concernaient les personnages principaux et secondaires du roman. Et en récurant ma grosse poêle engraissée de saint-doux un peu plus tôt dans la journée, j'avais également imaginé plusieurs personnages. Tous les éléments étaient donc réunis pour que je m'attelle à l'étape suivante...

 

4ème étape - les acteurs du roman :

 

A ce moment là, j'ai entamé la rédaction de fiches de personnage pour certains acteurs du roman dont j'avais en partie défini le profil. Concernant la construction des personnages et le système de fiche que j'utilise, j'explique tout ici.

 

J'en ai rempli 5 pour l'instant, en commençant par le personnage principal. Pour celui-ci cela s'est révélé relativement aisé car il s'agissait de Karn, le héros de  "Nereliath" et de sa suite à paraître prochainement. S'agissant d'un personnage que je connaissais déjà dans le détail, il m'a juste fallu l'adapter à l'histoire. Les aventures de Karn le présentent toujours à un moment différent de sa vie, auquel répondent une problématique et des questionnements différents. J'ai donc défini sa psychologie au moment du roman et ses objectifs dans celui-ci. Encore une fois, ce fut relativement simple puisque les états-d'âmes de Karn se situent au coeur de l'histoire et, de fait, étaient déjà présents dans l'idée de base. J'y ai juste ajouté quelques modifications concernant son allure physique afin de concrétiser logiquement ses troubles intérieurs dans son aspect général.

 

Ensuite, j'ai campé quelques uns des personnages principaux ainsi qu'un personnage de second plan. Pourquoi un second rôle alors que les personnages principaux n'étaient pas tous prêts ? Tout simplement parce qu'il doit faire son apparition dans les premières scènes du roman et que, celles-ci étant alors assez claires dans mon esprit, ce personnage l'était également.

 

Contrairement à Karn (désormais "complet"), ces personnages n'étaient pas encore entièrement esquissés. A ma charge de leur ajouter quelques détails plus tard, d'affiner leur psychologie, leurs intérêts etc.

 

5ème étape - le cadre du roman :

 

Je ne m'étais pas penché jusque là sur le cadre où aura lieu l'action du roman car je l'avais relativement clairement en tête. Mais l'action du roman se déroulant majoritairement dans une ville, je me suis dit qu'il était peut-être temps de voir à quoi elle ressemblait.

 

J'ai donc dessiné un beau plan, digne des plus belles cartes sans lesquelles la Fantasy ne serait pas ce qu'elle est !

 

Ca peut paraître con, une carte, mais c'est très pratique, surtout dans le processus créatif. En effet, en dessinant ma ville, j'ai été amené à me poser plein de questions (quels sont les quartiers, comment sont-il agencés, qu'y-a-t-il dans cette ville, qu'est-ce qu'il n'y a pas, pourquoi, quelle est son histoire, comment s'est-elle construite etc.). En conséquence, dessiner cette carte m'a amené de nouvelles idées et m'a permis de compléter certaines fiches de personnages.

 

Ensuite...

 

Eh bien ensuite c'était le soir, donc je me suis arrêté. Devant moi, il y avait ça :

 

 

CIMG1597.jpg

 

A ce moment de mes travaux préparatoires, j'ai dû résister à la tentation de rédiger le premier chapitre. Celui-ci existait déjà dans ma tête, avec tous les détail de son entame à sa conclusion. J'aurais donc pu mais je ne l'ai pas fait, et ce pour plusieurs raisons :

 

* J'aime écrire un roman d'une seule traite, en ne m'autorisant que les quelques pauses nécessaires à l'organisation des développements de l'histoire. Si j'avais écrit ce chapitre, il serait longtemps resté orphelin car je n'aurais guère pu aller plus loin en l'état. Je me serais donc retrouvé coupé dans ma rédaction.

 

* Plusieurs détails ne sont pas complètement réglés, notamment  le point de vue que je n'ai pas encore déterminé même si j'ai quelques idées à ce sujet.

 

* Le travail préparatoire est bien loin d'être achevé. Je préfère personnellement continuer à organiser tous les détails du roman avant de m'y lancer. Basiquement j'aimerais avoir chacun des personnages principaux et le synopsis détaillé de la 1ère partie avant de me lancer dans l'aspect purement rédactionnel.

 

Conclusion :

 

Quel merveilleuse façon de passer un dimanche, non ?

 

Je ne sais pas quand je rattaquerai ce projet de roman (même si je vais régulièrement y noter des idées tout en travaillant à autre chose) mais je vous tiendrai probablement au courant de la suite des événements.

 

En vous souhaitant un bon je ne sais pas quel jour on est.

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Published by Simon Sanahujas - dans (mes) techniques d'écriture
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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 09:23

Aux origines de ce blog, je vous avals proposé un petit article sur les différences entre l'écriture au stylo et celle à l'ordinateur, indiquant ma préférence pour la première.

 

J'y reviens brièvement car je suis récemment tombé sur le compte-rendu d'une étude proposée par des chercheurs Norvégiens et Français, qui met en avant l'importance de l'écriture au stylo, notamment dans le développement des capacités intellectuelles chez l'enfant. Vous en trouverez un résumé ici (en anglais).

 

Ordi.jpg

 

Au-delà de l'intérêt pour le développement de l'enfant, l'article mais en avant les différences fondamentales qui existent entre ces deux moyens dans l'organisation des pensées préalables à l'écriture. C'est un facteur que j'avais complètement omis dans mon article, ne présentant que les avantages et désavantages superficiels entre les deux techniques, mais je comprends désormais la véritable origine de ma préférence.

 

Cela tient à l'organisation des idées.

 

Le fait d'écrire au stylo implique une préparation plus complexe, un appel à des ressources différentes (prise en main de l'outil, formation des lettres, positionnement sur la page etc.) sans oublier un élément majeur que je n'avais fait qu'effleurer alors qu'il apparaît comme fondamental : écrire au stylo nécessite une main tandis que l'ordinateur en exige deux (enfin, pour écrire rapidement en tout cas). Je le constate tous les jours (notamment par ces articles que j'écris directement à l'ordi et mes textes que je rédige sur papier) : ma préparation est radicalement différente entre ces deux techniques. Avant je trouvais juste agréabble de saisir mon stylo et trouvais ce moment particulièrement propice à l'organisation de ce que j'allais coucher sur le papier ; maintenant je comprends mieux d'où provient ce sentiment. Par exemple, le fait de ne pouvoir trop rayer sur le papier (au risque de se retrouver face à un bordel complètement illisible), impose de penser l'ensemble de sa phrase en amont ; alors qu'avec l'ordinateur, il est souvent tentant de commencer une phrase sans la visualiser globalement, encouragé en cela par l'outil de suppression.

 

Fascinant, non ?

 

En cadeau bonus, une photo de mon stylo préféré. C'est un peu cher mais il vaut largement le coût de son investissement :

 

Stylo.jpg

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 11:00

Les répétitions, c'est moche ; enfin il paraît.

 

Voyons ça dans le détail.

 

1). Quelques outils bien pratiques :

 

Pour commencer, l'indispensable dictionnaire des synonymes. J'en possède plusieurs, je ne les compte plus, et ils sont forts pratiques pour deux choses : éviter une répétition (vous aviez deviné ?), et trouver le terme adéquat. Il en existe plusieurs sortes, et je vous engage vivement à ne pas vous contenter d'un seul. J'en ai par exemple un qui se limite à donner une longue succession de synonymes pour chaque entrée. C'est pratique parce qu'il en liste un grand nombre mais ennuyeux lorsqu'on doit s'arrêter à l'un d'entre eux et qu'on se tape une dizaine d'allers-retours vers ce bon vieux Robert pour trouver les définitions qui vont nous permettre d'effectuer le choix le plus judicieux. A l'opposé, j'en possède un autre qui ne donne à chaque fois qu'un nombre limité de propositions mais qui adjoint une brève description de leurs nuances. Fort utile mais souvent frustrant de par le nombre limité d'exemples auxquels, souvent, on a déjà pensé...

 

Thesaurus-copie-1.jpgEt puis, par un beau jour de Noël dont je me rappellerai toute ma vie, mon petit frangin m'a offert un Thesaurus. Ouvrage dont j'ignorais alors jusqu'à l'existence, le Thesaurus est devenu ma bible d'écriture, le premier ouvrage que je dépose sur mon bureau, à côté de mon manuscrit, lorsque je me plonge dans une séance d'écriture. Sous certains aspects, c'est un dictionnaire des synonymes, mais pas que. Sous d'autres, il pourrait passer pour un dictionnaire analogique, voire thématique, mais pas que. En fait, le Thesaurus c'est tout ça à la fois et bien plus encore.

 

Basiquement, il se trouve séparé en deux. La première partie est une vaste succession de thèmes déclinés dans leur moindres détails avec toutes les idées et associations d'idées en rapport avec eux.  Par exemple, en allant à l'entrée "sensation"(entrée 343, sous-partie "sensation" de "Le corps et les perceptions" dans le chapitre traitant de "l'homme"), vous trouverez sensation, sens, impression, état de conscience, stimulation, neurophysiologie, intuitionnisme, échelle d'intervalle, sentir, affecter, émouvoir, sensible, sensitif, perceptif, sensationniste, sensiblement, d'instinct, esthésie- et -esthésie, chacun accompagné de ses propres synonymes et associations d'idées, explications et, bien sûr, de nouveaux renvois vers d'autres thèmes. Dingue, non ?

 

La seconde partie se présente sous la forme d'un index de mots avec les références vous permettant de retrouver ces mots dans la première partie par le biais de tous les thèmes qui s'y retrouvent associés. C'est, pour faire court et comme cela est si joliment dit sur la couverture, un formidable outil pour aller des idées aux mots et des mots aux idées.

 

Ce n'est pas un dico des synonymes qui m'a sorti de mes plus mauvais pas, mais toujours le mythique Thesaurus. Et à chaque fois, ce fut en me procurant l'intime conviction d'avoir mis le doigt sur le terme idéalement approprié à mon besoin. En un mot comme en cent : c'est le top !

 

A ce moment là de l'article, un autre que moi vous fournirai une énorme liste de liens internet vers des dictionnaires en ligne. Je sais qu'il en existe d'excellents mais il vous faudra les trouver par vous mêmes. Comme j'écris au stylo, je suis donc plutôt dans le registre de la matière : pas d'ordinateur sur mon bureau d'écriture et donc, à la place, un tas de dico et d'encyclopédie... 

 

Une petite remarque en passant, les dico papier recèlent en eux quelque chose d'absolument magique que les logiciels et autres sites internet excluent complètement. Ces derniers cherchent à faire sens en vous proposant exclusivement le résultat de votre recherche ainsi que les résultats ayant un rapport logique avec celle-ci. Mais avec le papier, l'oeil a la possibilité de glisser sur la page et de tomber sur un mot sans aucun rapport, connu ou inconnu, et de dévier ainsi de sa recherche première sans logique ni barrière. Bref, je le dis et cela n'est que mon humble avis : l'informatique est bien trop logique et structuré pour la création artistique !

 

2). Trois manières d'éviter la répétition :

 

Entrons maintenant, si vous le voulez bien, dans le vif du sujet. Pour illustrer mon propos, je vous propose un bel exemple bien bateau et bien moche :

 

Ils pénétrèrent dans la forêt. La forêt, à cette heure, était particulièrement sombre.

 

C'est beau, non ? Je vais peut-être déposer un copyright sur ces deux phrases pour les réutiliser dans un futur bouquin...

 

Trêve d'âneries, lorsqu'une répétition est gênante, comme dans cet exemple (où le problème se trouve encore amplifié par le fait que les deux occurrences du mot se suivent directement - oui j'ai fait exprès, qu'est-ce que vous croyez ?), vous disposez de plusieurs solutions pour y remédier. La première, c'est le recours à un synonyme, allons-y :

 

Ils pénétrèrent dans la forêt. La sylve, à cette heure, était particulièrement sombre.

 

C'est beau "la sylve", hein ? Ça vous plaît ?

 

Ben pas à moi.

 

Là on se trouve dans l'écueil type du recours au dictionnaire des synonymes : la fausse bonne idée de l'utilisation d'un terme original et rare. Car il est choquant pour le lecteur de tomber sur un mot si particulier au détour d'une phrase si banale, C'est le cas type de la mauvaise adéquation. En outre, "sylve" renvoie à quelque chose de très évocateur. On est dans le champ lexical de l'ancien, du mystérieux voire même de l'enchanté. Or notre forêt, ben c'est juste une forêt comme une autre, un peu plus sombre parce qu'on doit se trouver (visiblement) en fin d'après-midi.

 

Je me rappelle d'un copain qui avait coller cela dans un texte qu'il m'avait demandé de lui faire retravailler. Je ne dirai pas qui c'est parce qu'il bosse dans l'édition aujourd'hui... Lorsque je lui avais dit que c'était laid, il avait insisté et s'était défendu corps et âmes. Ce à quoi je lui avais dit : "non c'est laid et ce n'est pas un choix de ta part, tu as juste ouvert ton dico des synonymes et choisi le mot le plus joli". Et lui de me répondre "Ok, bien vu, je te dois une bière."

 

Allez, on recommence :

 

Ils pénétrèrent dans la forêt. Le sous-bois, à cette heure, était particulièrement sombre.

 

Ah, là ça me plaît plus.

 

Alors vous allez me dire qu'un sous-bois c'est pas comme une forêt, ce n'est pas exactement un synonyme. Eh bien vous avez tout à fait raison, et c'est là que ça devient intéressant. Puisque dans la première phrase, notre sujet "pénètre" dans la forêt, c'est donc que, dans la seconde, il s'y trouve, non ? Et le terme sous-bois permet à la fois d'éviter la répétition et de préciser où on en est de l'action. Voilà un bon exemple, à mon sens, de ce que permet le choix judicieusement adéquat d'un mot.

 

Mais il existe d'autres solutions, par exemple le recours à un pronom démonstratif pour remplacer l'occurrence qui nous gène :

 

Ils pénétrèrent dans la forêt. Celle-ci, à cette heure, était particulièrement sombre.

 

Ouf, débarrassé de notre répétition, et sans se casser la tête en plus !

 

A ce moment, je suis obligé d'effectuer une petite ingérence personnelle dans l'article, parce que les pronoms démonstratifs, je trouve ça moche et lourd. Je me rappelle quand, adolescent, j'écrivais des scènes de baston, j'en collais partout pour éviter de dire épée 27 fois ou adversaire 19 fois. Mais diantre, quand vous alignez sur trois lignes celle-ci, celui-ci, duquel et j'en passe, ben là je suis désolé d'être intransigeant mais ça donne un style exécrable...

 

Je vous donne l'option parce qu'elle existe et que, parfois, elle peut être utile voire même justifiée mais, à mon sens, c'est à éviter autant que faire se peut.

 

Enfin, la troisième et dernière option consiste en une réorganisation des phrases et de leurs propositions, afin tout simplement d'effacer la répétition de notre forêt :

 

Ils pénétrèrent dans une forêt assombrie par l'heure tardive.

 

Et une petite variante, un peu plus forte, en passant :

 

Ils pénétrèrent dans une forêt entênébrée par l'heure tardive.

 

Je crois que je préfère la version avec le "sous-bois" mais bon, ça passe pas trop mal. Après, ce genre de modification va impacter sur une autre facette du style, celle du rythme que j'aborderai dans une autre partie. En effet, on passe de deux phrases, une courte et une autre cassée par des virgules, à une seule phrase qui file sans respiration. C'est très différent et, pour bien faire, il faudrait voir quel est le rythme du paragraphe dans lequel elle s'insère pour vérifier si cela fonctionne. Ne vous inquiétez pas, j'en reparlerai...

 

3). Parole à la défense :

 

Ben oui, on s'acharne contre ces répétitions, c'est l'une des premières choses que l'on nous apprend, nos profs de français nous en parlaient même déjà à l'époque de nos hésitantes rédactions, mais est-ce qu'on ne s'acharnerait pas un peu trop ?

 

Milan Kundera disait qu'il ne cherchait jamais à éviter les répétitions, pour la bonne et simple raison que ce qui l'intéressait en premier lieu résidait dans la précision du sens. Son raisonnement est le suivant : si un mot correspond parfaitement à l'idée que l'on souhaite transmettre, mieux vaut le réutiliser plusieurs fois que d'employer un synonyme qui ne soit pas aussi fidèle à notre propos. Et ça se défend, non ?

 

D'autre part, l'utilisation délibérée d'une répétition peut permettre certains effets de style et donner un sens différent au sujet. Reprenons par exemple nos personnages qui viennent d'entrer dans une forêt :

 

Après moins d'une heure de marche, la forêt les oppressait d'une terrible manière. La forêt pesait sur eux, la forêt s'infiltrait en eux jusqu'à les étouffer de son omniprésence, la forêt phagocytait la moindre de leur pensée. La forêt etc.

 

Dans cet exemple précis, la répétition du terme "forêt" permet de souligner le ressenti des personnages. Si j'avais utilisé un synonyme à chaque fois, cela aurait donné cela :

 

Après moins d'une heure de marche, la forêt les oppressait d'une terrible manière. Les frondaisons pesait sur eux, le sous-bois s'infiltrait en eux jusqu'à les étouffer de son omniprésence, la sylve phagocytait la moindre de leur pensée. L'ammoncellement végétal etc.

 

Dans ce cas, le style est peut-être plus sympathique mais le rendu des émotions bien moins fort.

 

Autre utilisation possible d'une répétition, la mise en scène d'un mot afin de, par sa position et les termes qui l'entourent, lui donner une signification particulière :

 

En s'enfonçant ainsi, ils retrouvèrent la forêt de leur enfance, cette forêt protectrice et accueillante qu'ils avaient toujours connue, leur forêt.

 

Conclusion :

 

Certes les répétitions sont à éviter, de manière générale en tout cas. Il est évident qu'une page où apparaît cinq fois le même mot va gêner le lecteur. Cela dit, elle peut également se révéler un outil fort utile pour faire passer certaines émotions. A me pas jeter sans réflexion donc.

 

Note :

 

La fréquence d'un mot qui l'amène à devenir répétition varie en fonction du mot en question. Basiquement, les mots courants supportent bien mieux la répétition que des termes particuliers. Par exemple, si vous utilisez "senestre" dix fois dans un roman, le terme à beau exister et se retrouver séparer par de nombreuses pages, il pourra à force accrocher le lecteur. Et tout le problème des répétitions, et de l'écriture en général, réside là : veiller à ne pas créer de passages (à cause du style, mais aussi des thèmes, des clins d'oeil etc.) ayant pour conséquence de tirer le lecteur de sa lecture, perturbation qui nuit souvent à son immersion dans l'histoire.

 

Enfin, et je finis sur ce clifhanger, il existe certains termes pourtant très usuels qui souffrent énormément de la répétition, en particulier dans le cas de certains verbes. Cela, j'en parlerai dans l'article suivant :

 

Être ou ne pas être, enfin une réponse définitive.

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 10:30

Pour reprendre en fanfare (mes) techniques d'écriture après une longue absence (moult pardon, question de temps etc.), je vais m'attaquer cette fois à l'épineux sujet du style littéraire. Vaste et complexe problème s'il en est, mon propos ne sera pas de définir le style idéal (je sais : c'est décevant...). Celui ci n'existe évidemment pas, puisque le style d'un texte relève principalement d'une question de goût personnel (et puis d'un petit peu d'autre chose, je m'intéresserai à cela vers la fin de cette série d'articles).

 

Habituellement, je traite dans cette catégorie des méthodes qui fonctionnent avec ma pratique personnelle de l'écriture. Mais là, encore une fois, cette approche ne me paraît guère judicieuse puisque l'objectif de ces articles n'est pas de vous apprendre, chers internautes, à écrire comme moi. D'autant plus que je sais très bien qu'une bonne partie d'entre vous n'ont lu aucun de mes bouquins et s'en moquent bien. Si si, je le sais :-).

 

Bref, je vais commencer par aborder quelques points classiques, ceux que l'on enseigne un peu partout, et qui permettent, à défaut d'accoucher d'un bon style, d'éviter les écueils du mauvais, du lourd et du moche. Ensuite, je me pencherai sur des points un peu plus particuliers, et mes propos se retrouveront alors entachés de mes (sales) goûts personnels. Libre à vous, comme d'habitude, d'y piocher ce que bon vous semblera.

 

Hop, hop, à l'attaque !

 

IMG 8255Edit : En commençant la rédaction de cet article, je me suis vite rendu compte de l'ampleur de la chose et de la pavasse de signes que je m'apprêtais à balancer sur la toile sans le moindre garde-fou. Comme un pote n'arrête pas de me seriner qu'un blog doit se composer d'articles plutôt courts, j'ai eu l'idée du siècle : morceler cet article en parties distinctes. En outre, c'est bien pratique pour moi puisque cela me permettra de vous balancer les différentes parties au fur et à mesure de mon travail, sans devoir attendre que la chose soit bouclée dans son entier.

 

En conséquence, ci-dessous je vous propose un plan dont les titres, au fur et à mesure de mon avancée, se transformeront comme par magie en lien renvoyant à un article les développant. Génial, non ?

 

Autre intérêt, pour vous cette fois : ce plan n'est pas fixé. Ainsi, via les commentaires, libre à vous de poser vos questions ou de proposer des angles d'attaque que je m'efforcerai de reprendre dans les développements de ce sujet.

 

 

1). Pour ou contre les répétitions ?

 

2). Être ou ne pas être, enfin une réponse définitive.

 

3). Un style éblouissant, ou pas.

 

4). Du rythme et des sonorités : où l'écrivain se fait pouêt.

 

5). Adéquation du style avec le sujet.

 

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Published by Simon Sanahujas - dans (mes) techniques d'écriture
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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 11:10

Venant tout juste de boucler les relectures d'un roman à paraître l'année prochaine, je me suis dit qu'il s'agissait du moment idéal pour aborder cette facette incontournable de l'écriture...

 

De mon point de vue, il existe trois types de relectures/réécritures. Attention : je ne dis pas qu'après trois relectures vous en aurez fini ! J'aime bien employer la métaphore du sculpteur pour qualifier ma manière d'écrire en général : on part d'un gros bloc de matière première (le premier jet) que l'on va dégrossir maint et maint fois jusqu'à parvenir au résultat souhaité (ou tout du moins à ce qui s'en rapproche le plus). Ainsi, chacun de ces types de réécritures donnera lieu à plusieurs relectures, de deux ou trois à une cinquantaine si vous appartenez à la catégorie des perfectionnistes acharnés.

 

Petit détail pratique : pour mes corrections, j'imprime et j'utilise un stylo rouge. Non seulement j'ai toujours rêvé depuis tout petit d'annoter des feuilles à l'aide d'un stylo rouge (impression de toute puissance professorale un peu gâchée certes par le fait que je m'auto-corrige) mais surtout le rouge se voit, a contrario du noir ou du bleu. Et dans la troisième partie, j'embraye souvent sur les corrections directement sur le fichier via le système des commentaires, bien plus pratique lorsqu'il s'agit d'échanger rapidement avec un tiers.

 

Bref, allons-y dans l'ordre :

 

1. Les relectures personnelles :

 

RelecturePar "relecture personnelle", j'entends celles qui sont faites par l'auteur lui-même, avant qu'intervienne tout intrusion extérieure.

 

Durant ma première réécriture, je me concentre sur l'histoire. Malgré tous les synopsis possibles et imaginables, il m'arrive régulièrement durant la phase d'écriture d'ajouter quelque chose d'imprévu - thème, détail, personnage etc. En conséquence, il est souvent nécessaire d'ajouter au début des détails permettant d'amener ces modifications de manière logique. Cette relecture permet aussi de rectifier le tir si des informations ont été égarées en cours de route, sont données plusieurs fois etc.

 

Généralement, je ne m'intéresse alors pas au style et me contente de corriger les phrases vraiment trop bancales.

 

Une fois que l'histoire s'équilibre, la relecture suivante est consacrée au style. J'y traque tout ce qui relève du moche : répétitions, verbe être (la langue française possède toujours quelque chose de plus joli et de plus précis que "Il était"), phrases trop longues ou trop courtes, dialogues bancals, manque d'émotion dans une scène, manque d'ambiance dans une autre etc.

 

A noter que certains auteurs - comme Gustave Flaubert dans son célèbre gueuloir - pratiquent la relecture à voix haute pour tout ce qui concerne le style, c'est-à-dire le rythme et la sonorité des phrases. Je l'ai fait et ne le fais plus. Je me suis rendu compte que j'entendais très bien les phrases dans ma tête et qu'un problème de rythme ou de musicalité me sautait aux yeux sans avoir à passer par les oreilles. Mais cette technique demeure utile et il m'arrive encore d'y recourir pour une phrase ou un passage qui me résistent.

 

Si, durant cette dernière phase, j'effectue relativement peu de corrections, alors je m'en tiens là. Au contraire, si je remanie énormément de choses, je m'octroierai une deuxième relecture, voire une troisième, jusqu'à atteindre une version dans laquelle je n'aurai repris que quelques détails anecdotiques.

 

2. Les bêta-lecteurs :

 

Une fois atteint ce stade, je fais appel à ce que l'on nomme communément le bêta-lecteur.

 

Qu'est-ce qu'un bêta-lecteur ?

 

Le bêta-lecteur est une personne extérieure, faisant souvent partie de votre entourage, qui va se coltiner le dur travail de lire une version non finalisée de votre texte. Concernant le nombre de ces premiers lecteurs, il ne faut à mon avis pas se limiter à un avis (une personne peut aimer quelque chose qu'une majorité pourra trouver mauvaise et vice-versa) tout en évitant de les multiplier à outrance. Si vous faites lire votre tapuscrit à 25 personnes, bon courage pour croiser leurs corrections par la suite. Je travaille personnellement avec deux bêta-lecteurs réguliers qui ont lu presque tous mes textes depuis le début, auxquels j'adjoins généralement une voire deux autres personnes en fonction du moment.

 

Le choix des bêta-lecteurs est très important. En effet, si vous écrivez un roman de Fantasy à la Conan et que vous le faites lire à un fan de Conan, il y a peu de chance pour que son avis soit réellement intéressant puisqu'il sera à priori conquis à votre sujet. Dans mes deux bêta-lecteurs de base, j'ai un ami qui se pique légèrement de SF et de Fantasy et un autre qui n'en lit pratiquement jamais. Et dans mes "bêta-lecteurs" intermittents, j'ai tendance à privilégier ce dernier type. En effet, si votre roman de SF séduit une personne qui n'en lit jamais, il y a de fortes chances pour que votre texte soit bon. Par contre, seul un lecteur ayant une certaine connaissance du genre sera à même de vous dire si votre/vos idée(s) de base sont réellement originales et si vous les utilisez jusqu'au bout.

 

Enfin, si je choisis ces lecteurs parmi des amis proches, il s'agit de gens sans état d'âmes qui prendront - et je les encourage en ce sens - un malin plaisir  à pourrir mon travail dans leurs commentaires. A mon sens, l'impartialité et un sens critique faisant fi de l'amitié font partie des qualités les plus importantes du bêta-lecteurs. Il faut qu'ils soient sans pitié voire même sadiques. De toutes façons, si vous ne supportez pas la critique, mieux vaut arrêter d'écrire tout de suite sinon vous risquez de vous suicider lorsque votre bouquin passera au pilori des critiques littéraires...

 

Quant à ma manière de travailler avec eux, je leur fais parvenir à chacun une version du manuscrit que je les encourage à annoter. Lorsqu'ils ont fini leur lecture, j'aime bien les rassembler autour d'une bière pour que nous parlions tous ensemble du texte. Cette séance est très utile car elle permet de confronter des avis parfois divergents, voire même de trouver ensemble les modifications les plus judicieuses. Ensuite, je reprends mon manuscrit tout en ayant sous les yeux chacun des tapuscrit annotés par ces bêta-lecteurs (cela nécessite un bureau avec de la place) et je me lance dans une nouvelle correction.

 

Comme cette nouvelle relecture amène souvent des modifications dans l'histoire, j'enchaîne souvent avec une ultime correction stylistique. Après cela, le texte est prêt à être envoyé à l'éditeur, mais son histoire n'est pas finie, loin de là...

 

3. Retravail avec l'éditeur :

 

Jour de grâce : vous recevez une lettre, un coup de fil ou un mail vous annonçant que tel éditeur à qui vous avez envoyé votre travail l'accepte et désire le publier. Généralement, c'est l'un des moments les plus savoureux de l'aventure littéraire (plus savoureux à mon sens que lorsque vous tenez l'objet imprimé dans vos mains). Du coup, c'est le moment de payer un coup à vos proches (sans oublier vos bêta-lecteurs) avant de vous y remettre parce que le boulot est loin d'être terminer.

 

Pas mal de gens pensent à tord que l'éditeur est une personne qui accepte un manuscrit, le fait imprimer et se charge de le vendre. Dans les faits, il est bien plus que ça. Il s'agit de quelqu'un qui possède une grande connaissance de l'écriture (souvent il s'agit même d'un écrivain ou ancien écrivain) doublée d'une bonne vision de ce qui fonctionne et ne fonctionne pas, de ce qui plaît ou ne plaît pas etc. Et l'une des plus importantes facettes de son boulot est de vous faire retravailler votre bouquin. J'avais pu lire les chiffres il y a quelques années et, de mémoire, seuls 2% des manuscrits reçus par les éditeurs sont publiés tels quels. J'ai aussi eu écho de l'anecdote d'un écrivain refusant de retoucher son manuscrit... dont l'éditeur avait en conséquence refuser de publier le roman. Pour résumer, on pourrait dire que ce que voit l'éditeur dans votre manuscrit n'est pas un roman de plus à envoyer chez les diffuseurs mais plutôt le potentiel d'un roman de plus...

 

Souvent, l'éditeur va tenter de faire ressortir au maximum ce que vous avez essayé de coller dans votre roman, ce qui passe la plupart du temps par de grosses réécritures : ajout de passages entiers voire de chapitres, approfondissement d'un personnage etc. Après, ce n'est pas forcé, lorsque j'ai retravaillé "L'Emprise des rêves"avec Philippe Ward, celui-ci s'est contenté de corrections de style assez mineures.

 

La grosse différence avec l'éditeur, c'est qu'il pourra s'opposer à vous d'une manière bien plus forte que vos bêta-lecteurs. Lorsque ceux-ci vous font part de leurs remarques, vous demeurez le boss et avez encore le droit de les envoyer chier si vous jugez leurs propositions injustifiées. Avec l'éditeur c'est beaucoup plus délicat. Vous serez souvent amenés à argumenter vos choix pour les défendre.

 

Une fois que l'éditeur aura validé votre texte, celui-ci partira chez les correcteurs. Ensuite on vous proposera peut-être une ultime relecture des épreuves. Si on ne vous le demande pas, je vous conseille d'insister. Ca ne coûte rien et, si la plupart des correcteurs professionnels laissent peu de fautes ou de coquilles derrière eux, il peut arriver qu'ils s'embrouillent les pinceaux dans vos noms propres. Un ami m'avait conseiller une technique intéressante à ce sujet : lire le roman à l'envers. Basiquement, vous commencez par la fin en lisant page par page. Cela évite de se retrouver emporter dans le récit et vous permets une meilleure acuité pour tout ce qui relève de la chasse aux coquilles ou de relecture orthographique.

 

4. Quand relire ?

 

90% du temps, j'attends d'avoir achevé un roman pour en entamer les relectures mais, parfois, il m'arrive de relire la première moitié avant de poursuivre. Ce fut le cas notamment lorsque j'avais abandonné mon roman pour partir au Gabon et ensuite rédiger "Sur la piste de Tarzan" : j'ai préféré effectuer ma première relecture afin de me remettre dans le bain du texte.

 

Mais d'autres auteurs abordent la relecture de manière différente. J'ai un ami qui fait lire chacun de ses chapitres par des bêta-lecteurs au fur et à mesure de leur rédaction, et qui se sert de leurs commentaires pour poursuivre. Je crois avoir entendu quelque part que Jean-Marc Ligny agissait de cette même manière avec sa femme.

 

D'autres encore relisent eux-mêmes à la fin de chacun des chapitres. Robert E. Howard avait l'habitude, surtout lorsqu'il écrivait des novelas ou des romans, d'arrêter l'écriture en plein milieu du texte, d'achever celui-ci sous la forme d'un synopsis, puis de corriger le début avant de poursuivre (ou d'abandonner le texte aussi, cela lui arrivait souvent).

 

Arrêter au milieu du roman et relire le début peut également être un bon moyen pour vaincre un blocage ou recentrer une histoire que l'on sent nous échapper ou, comme moi, lorsqu'on en a arrêté la rédaction durant un trop long laps de temps.

 

Conclusion :

 

Pas grand chose à ajouter pour conclure si ce n'est qu'il me paraît évidemment suicidaire d'envoyer un manuscrit non relu une fois qu'on y a apposer le mot fin.

A part cela, comme je l'ai expliqué, je pense qu'il est important que ces relectures soient organisées, c'est-à-dire que chacune d'entre elles possède un objectif précis. Si vous relisez simultanément pour l'histoire, le style, l'atmosphère, l'orthographe et les coquilles, vous risquez d'enchaîner une trentaine de relectures sans jamais parvenir complètement à votre objectif. C'est d'ailleurs ce qui m'est souvent arrivé lors de mes tous premiers écrits.

 

Pour finir, une phrase tirée du "Hyperion"de Dan Simmons, dans le récit du poète (et qui à mon sens vaut autant pour d'autres types d'écriture) : "On n'achève pas un poème, on l'abandonne."

 

Sur ce, bonne écriture et bonnes relectures !

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Published by Simon Sanahujas - dans (mes) techniques d'écriture
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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 12:31

J'ignore si vous aimez les chiffres mais moi, ça me détend. Et je me trouve dans l'impossibilité totale d'y donner une quelconque explication. Bref, ce matin je me suis amusé à traduire en chiffre ce gros roman de Fantasy qui m'occupe actuellement et dont j'entrevois désormais la fin.

 

Dans un ordre croissant, ça donne ça :

 

* 0€ de chiffre d'affaire

* 1 carton de rangement

* 1 crayon à mine

* 4 chemises

* 5 fichiers informatiques

* 7 litres de café (à la louche)

* 9 cartes et plans

* 10 stylos bic noirs ou bleus (environ)

* 12 synopsis successifs (le prochain sera probablement le dernier)

* 14 trombones

* 20 litres de thé (approximativement)

* 21 fiches de personnage (dont 6 personnages principaux)

* 29 pages de notes diverses et variées (plus celles jetées en cours de route)

* 30 bières (à vue de pif, je bois peu d'alcool en écrivant)

* 34 pages de chapitrage

* 40 litres de jus de pomme (et ouais)

* 118 chapitres (assez courts)

* 319 pages manuscrites

* 452 pages tapuscrites

* 488 jours écoulés depuis l'écriture de la première phrase

* 595 idées (dont une quarantaine écartées durant la rédaction)

* 2000 cigarettes (plus ou moins)

* 843 685 signes (soit la pathétique moyenne de 1728,86 et des poussières de signes par jour, mais comme j'ai effectué une pause de six mois pour faire "Sur la piste de Tarzan", plus un mois de relecture quand j'ai du m'y remettre et tout un tas de trucs qu'il fallait faire ici où là, je me remonte le moral en me disant que c'est un peu plus en fait).

 

Génial, non ?

Sur ce j'y retourne...

 

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 10:47

J'ignore si le terme "chapitrage" est usité de la manière dont je l'entends et, à vrai dire, je m'en moque. Le fait demeure que, lorsque je travaille sur un roman, j'utilise un dossier nommé ainsi, dans lequel je vais détailler mes chapitres de manière plus précise que dans le synopsis, et ce juste avant la phase d'écriture.

 

Nous y sommes donc : dernière ligne droite.

 

 

1. Organisation pratique

 

Au commencement, sur mon synopsis, le chapitre est explicité de manière simpliste, du genre "machin rencontre bidule et il se passe ça".

 

Ma première étape est de reprendre mon dossier "idées" et de le relire dans son entier (exceptées les idées déjà utilisées, j'y reviendrai). Dans le dossier "chapitrage", je note à côté du chapitre en question les numéros des idées que je vais utiliser dans cette scène (une phrase de dialogue, un concept, une explication, une idée d'ambiance etc.). Parallèlement, j'entoure ces idées dans le dossier consacré et, lors de la consultation suivante, je barrerai celles qui auront réellement été utilisées (parfois, je prévoie de caser une idée et, dans la phase d'écriture, je ne trouve finalement pas à l'utiliser ou alors je ne l'utilise qu'en partie).

 

Cocher ces idées au fur et à mesure permet tout simplement de savoir où on en est. Je n'avais pas agi de cette manière lors de la rédaction de mon premier roman - "Suleyman" - et, durant l'écriture, je passais un temps fou à relire mon manuscrit en me disant " Merde, j'ai pas déjà dit ça quelque part ? ".

 

Une fois que j'ai déterminé quelles idées allaient intervenir dans la scène, je les relie pour m'en imprégner tout en réfléchissant à leur utilisation dans les événements décrits. Suite à cela, j'écris un court résumé façon script. J'y note de quelle manière je vais ouvrir le chapitre, ce qu'il va s'y passer et comment je vais le finir. 

 

Chapitrage-002

 

 

2. Rythme

 

J'ai l'habitude de dire qu'un roman est constitué d'une succession de scènes qui doivent être peu ou prou construites comme des nouvelles indépendantes (ouverture, développement et conclusion).

 

Ca n'est pas faux, mais pas complètement vrai non plus. En effet, un roman écrit de cette façon pourrait présenter un problème au niveau du fil directeur, des liens entre ces scènes etc. C'est pourquoi, lorsque je m'attaque au chapitrage, j'attaque de concert au moins trois chapitres, voire plus si la suite de mon synopsis m'apparaît de manière claire.

 

Travailler non pas sur une scène mais sur une succession de scènes permet de prendre du recul et de préparer quelque chose de cohérent, des chapitres qui se trouveront liés dans la trame du texte d'une façon plus logique et plus efficace. De cette manière, mon regard ne se porte pas sur une scène précise mais sur une partie du roman final, et la réflection pré-rédactionnelle se fait sur une articulation narrative à mi chemin entre la scène et le roman dans son entier.

 

 

3. Outils annexes

 

Lorsque j'écris le résumé qui servira à la rédaction d'un chapitre, je réfléchie également au procédé narratif que je vais utiliser (mise en valeur de tel personnage, dialogue alterné avec les réflections ou le ressentie de tel personnage, s'il s'agit d'une scène d'action je réfléchie à la manière dont je vais naviguer dedans etc.).  De la même manière, je vais cogiter à la composition de la scène : quelle perspective et pourquoi, quels effets et pourquoi etc.

 

Durant cette phase, je sais que de nombreux écrivains préparent un champ lexical des termes qui vont être employés. Cela permet d'établir une ambiance. Je ne le fais pas mais je devrais peut-être, en tous cas je trouve l'idée intéressante...

 

 

4. De l'abus du cliffhanger

 

Le cliffhanger est un procédé narratif que l'on pourrait qualifié d'accroche, une manière de construire son texte qui pousse le lecteur à en poursuivre la lecture. Basiquement, il s'agit d'une révélation donnée à la fin d'un chapitre censée inciter le lecteur à poursuivre au lieu de reposer le bouquin. Cela peut aussi être le fait d'arrêter un chapitre au moment d'une révélation attendue.

 

Un exemple tout bête : deux personnages séparés depuis le début du roman se retrouvent au milieu de celui-ci. Ils ont des tas de choses à se dire, des informations à échanger ou des tensions relationnelles à régler.  Pour appliquer le procédé du cliffhanger à ces retrouvailles, l'écrivain va finir son chapitre sur le moment où les deux personnages se retrouvent en présence l'un de l'autre, reportant à plus tard la discussion (ou autre) qui aura nécessairement lieu.

 

Sans passer par la provocation d'un sentiment de frustration chez le lecteur, cela peut aussi être une révélation étonnante, dont la plupart des détails sont données, qui amènera le lecteur à se dire "Excellent, vite, il faut que je lise la suite !" Dans Spin (ma plus agréable lecture de l'année), Robert Charles Wilson agit de cette manière presque systématiquement.

 

Enfin, l'effet du cliffhanger peut être savamment amplifié si vous utilisez des lignes narratives multiples. Par exemple, votre roman alterne des chapitres consacrés à deux personnages séparés. Dans ce cas, le cliffhanger sera d'autant plus efficace que sa résolution se trouvera repoussée par la lecture du chapitre suivant, consacré à l'autre personnage. Cela peut même être très pratique pour faire passer la pilule d'un chapitre utile mais moins trépidant, dont les faiblesses seront effacées par le fait que le lecteur aura en tête les questionnements liés à la résolution du cliffhanger du chapitre précédent.

 

Vous l'aurez compris, un bon cliffhanger est quelque chose de fort appréciable pour ce qui est de bâtir un événementiel narratif accrocheur. Mais il recèle aussi un danger, celui d'y recourir systématiquement et de lasser le lecteur. En effet, si Robert Chales Wilson l'utilise énormément, il a aussi pour lui l'avantage de proposerr dans Spin, une succession de révélations proprement stupéfiantes. Par contre, faire du cliffhanger pour du cliffhanger en ne disposant pas d'une révélation à la hauteur des attentes du lecteur provoquera, à la longue, un effet de lassitude et un désarmement des effets de surprise.

 

Remarque : Un bon cliffhanger ne se prépare pas forcément. Il m'arrive qu'il s'impose à moi de manière relativement surprenante. Parfois, lorsque j'entame la rédaction d'un chapitre, je parviens à un pic avant d'avoir achevé la scène que je voulais rédiger et je me rends compte d'un coup qu'elle doit s'arrêter à cet endroit précis. D'où l'utilité pour moi de ne pas procéder à un chapitrage total du roman, mais d'y travailler par morceaux, pour adapter la suite aux aléas d'une rédaction qui suit fort rarement de manière précise la ligne qu'on lui a imaginée.

 

 

5. Conclusion

 

L'organisation interne des scènes, ainsi que leur organisation entre elles, est à mon sens la clef d'une construction réussie. En tous cas j'y consacre volontiers beaucoup de mon temps de travail. Comme à chaque fois, on pourrait discourir sur le sujet en long et en large. Aussi, si vous désirez que nous développions ensembles l'un ou l'autre de ces points, n'hésitez pas à recourir aux commentaires.

 

Bonne écriture !

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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 12:52
De mon humble avis (comme d'habitude : ça ne concerne que moi et ça n'est pas forcément la meilleure vision des choses, mais vous savez à quoi vous en tenir désormais...), le travail d'un roman se découpe en quatre parties principales. J'ai évoqué l'organisation des idées, la création des personnages, et juste avant l'étape de la rédaction à proprement parler, il nous reste l'élaboration du synopsis.

Deux petites précisions avant de rentrer dans le vif du sujet. A ces quatre pôles peuvent venir s'ajouter d'autres, plus facultatifs à mon sens, je pense notamment à la construction du monde dans le cas d'un récit prenant place dans un univers imaginaire, la mise au point d'un champ sémantique particulier etc. Enfin, et j'y reviendrai ultérieurement (certainement dans un autre article), je ne vois pas véritablement d'ordre imposé à ces quatre points, si ce n'est que commencer par la rédaction ne me semble  pas forcément être la meilleure idée qui soit.

1.) La forme du synopsis

Grand fan de Robert E. Howard, j'ai eu l'occasion d'étudier pas mal de ses synopsis et découvert par la même occasion des textes très littéraires, de l'ordre du résumé de l'action comme on pourrait en fournir dans une chronique de livre ou de film. Visiblement, pas mal d'écrivains fonctionnent de cette manière et il s'agit donc probablement d'une bonne méthode, ou en tous cas d'une méthode qui fonctionne chez ces gens là.

Avec moi ça ne marche pas.

Je ne vois pas l'intérêt de faire de la littérature lorsqu'on travaille à un synopsis, en tous cas pas dans un premier temps. Au contraire même, je trouve qu'on y perd en clarté et que cela peut nuire à l'organisation des idées. Bref, pour moi, rien de tel que quelques mots synthétiques, des flèches voire même des schémas. A ce moment précis de son travail, l'auteur se situe dans la peau d'un architecte qui lance les prémices de son bâtiments. En tant que tel, il ne va pas s'amuser à évoquer la couleur des plaintes ou les éventuelles moulures des linteaux. En allant à la simplicité, à la clarté, on gagne une rigueur qui est à mon sens bénéfique. Il me paraît en effet fondamental de bien séparer les deux éléments complètement antinomiques que sont un synopsis et une histoire rédigée, et le fait de les opposer dans la forme fonctionne très bien... pour moi.

2). Premier synopsis


Systématiquement, mon premier synopsi tiens sur une feuille A4, écrit gros. J'y schématise les grandes lignes du roman : l'entrée en matière (la ou les scène(s) d'ouverture quoi), les moments les plus importants du récit (ceux qui vont en faire basculer la trame) et le dénouement. Pour "L'emprise des rêves", ça ressemblait à ça :



3). Développements du synopsi de base :

Pour reprendre l'exemple de Robert Howard, le Texan avait l'habitude, à ce moment, de se lancer directement dans la rédaction d'un premier jet. Il l'arrêtait à peu près à la moitié de l'histoire, et poursuivait en un nouveau synopsis relatant la fin de son texte. Ensuite il retravaillait son premier jet avant d'écrire la suite. Parfois, l'histoire lui échappait et le texte s'arrêtait à mi-chemin... Je ne fais toujours pas comme ça mais ça peut vous donner des idées.

Bref, une fois établi ce premier synopsis, je le reprends en l'approfondissant. Je réfléchie à l'enchaînement des actions qui vont naturellement relier les points cruciaux dont je parlais tout à l'heure. Au bout de deux ou trois refontes, je parviens à un synopsis assez détaillé, tout du moins en ce qui concerne l'enchaînement des actions jusqu'à la moitié du texte.

4). Passage à l'acte :

A ce stade, je n'en peux plus et je décide généralement de me lancer dans l'écriture. Je crois que j'ai alors besoin de passer au concret du rédactionnel pour avoir l'impression d'avancer. Je passe donc à ce que j'appelle le chapitrage. Il s'agit d'une étape dans laquelle j'entreprends le découpage proprement dit du texte. J'organise mes premiers chapitres en stipulant les points qui doivent y être abordés. J'agis ainsi sur une demi-douzaine de chapitres, j'enchaîne sur un synopsis un peu plus détaillé et je me lance.

Pour reprendre l'exemple de tout à l'heure, ça donnait ça :



Note : là ça commence au chapitre 6, je devais déjà avoir écrit le début.

5). Développements rédactionnels :

Commencer l'écriture me permet aussi de mieux visualiser mon histoire. En mettant en scène les personnages et leurs premières actions, de nouvelles péripéties s'imposent à moi, ainsi que des développements de l'intrigue que je n'avais pas du tout prévu à l'origine (et, je pense, que je n'aurais pas pu prévoir sans me lancer dans le rédactionnel).

Dès lors, lorsque je parviens aux derniers chapitres détaillés dans ce synopsis, j'en rédige un autre. De fil en aiguille j'obtiens un synopsis qui développe l'histoire dans son entier. Cela se produit généralement aux deux tiers voire trois quarts du bouquin.

Juste pour dire, je vous mets le dernier de ces synopsis pour "L'emprise des rêves" :


Conclusion :

Une remarque avant de finir : ce chapitrage ne me suffit pas à me lancer dans la rédaction. Je le développe dans un truc que j'appelle "chapitrage détaillé", j'en reparlerai un de ces quatre...

Pour ma part, je suis incapable de travailler correctement sans ces synopsis. Les textes que j'ai écrit au début, dans lesquels je me lançais sans réfléchir, ben ils sont dans des cartons et n'en sortiront pas. Quant au mythe de l'écrivain touché par la grâce, qui se plante devant sa machine à écrire et pond le chef d'oeuvre du siècle sans réfléchir, je n'y crois pas trop. Si vous prenez  Kérouac avec "Sur la route" par exemple, ça n'a tout simplement rien à voir. Certes il écrit son roman en trois jours mais il s'agit d'un récit de voyage dans lequel il raconte sa vie et pour lequel il possède tout un tas de carnets...  Nous sommes donc face à quelque chose de préparé en amont.

En fait, il me paraît tout simplement impossible de pondre un texte dont chaque rebondissement, chaque péripétie, chaque information trouve sa place juste dans l'événementiel narratif sans que tout cela ait été mûrement réfléchi au préalable. Je me trompe peut-être. A vous de juger.
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Published by Simon Sanahujas - dans (mes) techniques d'écriture
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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 11:35

Comme je suis en plein dans l'écriture du Tarzan - le récit de notre voyage, à Gwenn et moi, au Gabon - je me suis dit qu'il pouvait être intéressant d'évoquer ici cette facette  de l'écriture. Si le récit de voyage apparaît bien différent de la rédaction d'un roman, certains points le rejoignent et d'autres s'en écartent. Prenons tout ça dans l'ordre :

1). Préparatifs à l'écriture

Bien entendu, le récit de voyage commence... par un voyage. De fait, les divers étapes de préparation avant la rédaction du texte en deviennent fort différentes. Tout bêtement : il s'agit cette fois de raconter quelque chose que l'on a vécu, quelque chose donc qui revêt une simplicité redoutable tout en laissant peu de place à l'imagination. En conséquence, la prise de note et l'organisation du récit a lieu sur le terrain.
Quand nous sommes partis au Texas, pour le voyage qui allait donner lieu à "Conan le Texan", j'avais emporté avec moi un carnet tout simple (tout simple mais joli, avec une belle couverture en cuir pour se mettre dans l'ambiance). Chaque soir au début puis un peu moins régulièrement à la fin alors que nos journées se trouvaient de plus en plus arrosées, j'entreprenais de rédiger ce que j'imaginais être la version presque finale du texte. A l'époque, je pensais qu'il me suffirait d'y apporter quelques corrections pour que le tour soit joué. Mon désenchantement fut grand lorsque, de retour dans mes pénates, j'entrepris de retaper ce texte sur l'ordinateur. Je me suis rendu compte que l'urgence de l'écriture pendant le voyage (avec des plages de temps restreintes), l'ambiance euphorisante du trip, l'alcool ingéré et les lieux d'écriture (essayer d'écrire dans une tente lorsqu'il fait peu ou prou zéro degrés avec une lampe frontale pour toute lumière...) m'avaient amené à pondre quelque chose de très moyen pour ne pas dire bâclé. Du coup, j'ai finalement réécrit complètement mon texte, en me basant sur ce carnet pour l'enchaînement des événements et certaines ambiances plus fraîches qu'en me basant sur mes simples souvenirs.

En conséquance, lorsque nous sommes partis au Gabon sur la piste de Tarzan, j'ai décidé de changer de technique. J'ai repris le même carnet mais je me suis contenté de n'y consigner que les dates avec une liste des événements correspondants, leur intérêt et les sensations éprouvées. Tant qu'à tout réécrire par la suite, autant ne pas perdre de temps sur place.
En même temps, c'était différent au Gabon puisque je devais rédiger sur place les textes du blog fourni par Libération. Ceux-ci sont volontairement plus courts, dans un style plus argotique, afin de me laisser des cartouches pour la rédaction future du livre.

Il ya probablement encore d'autres façons de faire mais, en l'état actuel des choses, si vous vous lancez dans ce genre d'aventure, je vous conseillerai plus tôt la seconde.

2). Choix narratifs

La narration à la première personne et l'utilisation du présent peuvent sembler évidents dans le cadre d'un récit de voyage, mais il n'en demeure pas moins intéressant de réfléchir brièvement sur la raison de ces choix.
De mon point de vue, le but d'un récit de voyage est de plonger le lecteur dans notre expérience, de tenter de lui faire vivre l'aventure qui a été la nôtre comme s'il se trouvait à notre place. La narration à la première personne s'impose donc et un récit de voyage est un très bon exemple de l'effet que peu donner son utilisation dans un roman classique. Quant au choix du temps, il ne s'impose pas aussi clairement. on peut tout à fait écrire un récit de voyage au passé, comme un aventurier qui raconterait au coin du feu un périple antérieur. Personnellement, je l'ai choisie toujours dans cette optique de faire ressentir au lecteur l'aventure comme s'il y était. L'utilisation du présent permet de communiquer un sentiment artificiel d'instantané. Elle renforce l'impression d'immersion du lecteur, l'impression de vivre les événements qu'il lit, amenant des questionnements du genre "mais que va-t-il se passer demain ?", comme s'il y était. Il est évident que, si on tient un livre fini entre nos mains, c'est que l'auteur a survécu pour le raconter, mais il n'empêche que l'utilisation du passé renforce cette évidence alors que celle du présent va contribuer à cette sorte de mirage narratif. Tout bêtement, le lecteur peut envisager l'hypothèse que le texte soit un carnet de bord retrouvé, dont la fin n'est pas connue, comme pour "Into the Wild" par exemple.
C'est dans un but similaire que j'ai opté pour une narration constituée de phrases courtes et évitant de s'attarder sur de trop longues plages descriptives (outre l'ambiance, les photos sont là pour cela...). Utiliser des phrases courtes permets d'accélérer le récit et m'a été utile pour tenter de transcrire le côté échevelé du périple texan, un voyage sans temps morts, où les rencontres, découvertes et changements de lieux s'effectuaient de manière journalière.

3). Choix structurel

De ma courte expérience, je vois deux façons d'organiser un récit de voyage. La première consiste àle raconter au jour le jour, comme je l'ai fait pour "Conan le Texan" ou pour le blog au Gabon. Ca paraît évident et cela confère l'avantage d'une histoire avec un début et une fin. Pour le voyage au Texas, cela a plutôt bien fonctionné à cause de la vélocité du périple : on bougeait tous les jours, parcourant parfois jusqu'à 800km en une journée, les événements et les rencontres s'enchaînaient à une vitesse diabolique, donnant au final un récit où on n'a presque pas eu l'occasion de reprendre notre souffle. Pour le Gabon, l'expérience a été inverse. Par la lenteur des transports (on a parcouru deux fois moins de distance en deux fois plus de temps), on s'est retrouvé avec de longs passages d'attente, des immobilisations récurrentes et, au final, des temps morts dans le récit. C'est pourquoi j'ai eu l'idée de segmenter ce texte en parties thématiques n'ayant pas ou peu de logique temporelle entre elles. Cela me permet de me concentrer sur les événements forts tout en omettant les moments où l'action retombe. Avec l'accumulation des détails et des références, je pense que le lecteur doit être rapidement capable de reconstituer l'ordre du voyage, en tous cas je l'espère...

4). L'écriture

Si lire un récit de voyage est quelque chose d'assez palpitant (j'ai adoré la trilogie autobiographique de Cizia Zyke par exemple, ou encore les romans de Kerouac), l'écrire est une corvée, pour moi en tous cas.
Explications. Lorsqu'on rédige un roman, l'histoire prend forme sous nos yeux. on se situe dans la création pure et, personnellement, je ne sais jamais précisément quelles vont être les inclinaisons futures de l'histoire à l'exception de son dénouement. A contrario, dans le cadre d'un récit de voyage, on ne fait que relater des événements ayant déjà eu lieu, dont on connaît tous les tenants et aboutissants. Du coup, la création disparaît au profit de la narration d'une période déjà écrite de notre vie. Et c'est super chiant.

Voilà brièvement ce que je peux dire de cet exercice à l'heure actuelle. Peut-être changerai-je d'avis lors de prochains voyages car Gwenn et moi n'avons pas encore dit notre dernier mot. Quoi qu'il en soit, si l'aventure vous tente et que vous vouliez franchir le pas en alliant l'écriture au voyage, vous trouverez peut-être là-dedans quelques pistes pour vous aider à concrétiser la chose.

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Published by Simon Sanahujas - dans (mes) techniques d'écriture
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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 00:00

Parmi les choses fondamentales qui nécessitent d'être déterminées avant de commencer la rédaction d'un texte se trouve le point de vue. Il y a aussi le choix du temps de narration mais ça, j'en parlerai un autre jour. Pour faire simple, le point de vue établit le positionnement du narrateur, ce qu'il sait et donc ce qu'il peut communiquer au lecteur.
Il en existe plusieurs types mais cette fois, contrairement aux descriptions, je ne vous parlerai pas de celui que je préfère ni même de celui qui pourrait être meilleur. Le choix du point de vue va servir la narration et doit s'adapter au mieux au texte. Ainsi, il n'y a pas de meilleur point de vue de manière générale, seulement un point de vue plus judicieux en fonction du texte et de son idée directrice.

1. ) La narration à la première personne.

Le narrateur est le personnage principal du récit. Les conséquences directes sont :

=> La narration à la première personne, le "je" donc.
=> La possibilité de transcrire les pensées et les états d'âme du personnage principal.
=> L'impossibilité de communiquer les pensées des autres personnages, au-delà de ce que le personnage peut déduire de leurs expressions ou de sa propre connaissances de ces personnages.
=> L'impossibilité de montrer les actions des personnages secondaires en l'absence du "héros".

L'intérêt de ce type de point de vue va concerner des histoires où le personnage principal se trouve au coeur du récit. Son utilisation pourra se révéler judicieuse si l'auteur désire montrer au plus près son évolution psychologique en fonction des événements etc...
Le défaut, c'est que toute l'action du roman doit se dérouler autour de ce personnage principal. Comme c'est lui qui raconte l'histoire, le lecteur ne saura rien d'autres des événements annexes, il ne fera que suivre ses pas. Impossibilité donc de montrer les sombres plans ourdis par les méchants lors d'un petit interlude, ni les évolutions annexes de l'histoire.
Ceci étant, la narration à la première personne demeure extrêmement répandue, notamment en mainstream et en polar (quoi de mieux que de se glisser dans la peau d'un enquêteur, ne sachant que ce qu'il sait etc. ?). C'est également celui que l'on conseille souvent aux auteurs débutants. En effet : l'auteur n'a pas a gérer d'histoire complexe : il se concentre sur ce qui se produit autour du "héros". Enfin, en se mettant à la place du personnage, la narration devient très instinctive et beaucoup plus facile à réaliser.
En même temps, il ne s'agit pas d'une règle pour l'auteur débutant. Personnellement, j'ai commencé avec des autres points de vue et puis je suis revenu à celui-là pour des textes plus particuliers, qui nécessitaient ce point de vue pour servir le punch de l'histoire.

2. ) Le narrateur omniscient.

Dans ce cas, l'auteur sait tout. Il observe le déroulement de l'histoire en en connaissant chaque tenant et chaque aboutissant, et jusqu'à la moindre pensée du plus secondaire des personnages.  Du coup :

=> Emploi (presque) constant de la troisième personne.
=> Possibilité de suivre des actions situées dans des lieux différents avec des protagonistes différents.
=> Choix d'informer le lecteur ou pas des pensées de tous ou de certains des personnages.

L'utilisation du narrateur omniscient va proposer souvent des récits un peu moins intimistes, de par la vision globale qu'il donnera de l'histoire.  Il sera le point de vue à privilégier si vous voulez vous lancer dans une vaste fresque où différents personnages suivent des voies séparées et se croisent au fil du texte. Notez enfin que, si le narrateur omniscient connaît à priori tous les détails possibles de vos personnages et de votre intrigue, il n'est pas obligé de les communiquer au lecteur dans leur totalité. Les agissements des méchants peuvent rester dans l'ombre ou pas, les choix qui s'offrent avec ce point de vue sont multiples et variés. En conséquence, il faudra encore déterminer avant le début de la rédaction quelle utilisation vous ferez des possibilités de ce type de point de vue.

3. ) Le point de vue du personnage.

Je ne suis plus sûr de la dénomination exacte de ce troisième type de narration mais bon, là n'est pas l'important. Ce que j'appelle le point de vue du personnage est une sorte de version hybride des deux premiers. La narration se fait à la troisième personne, octroyant ainsi une certaine vue d'ensemble, mais le récit s'attache à un personnage central et la narration ne délivre des informations personnels qu'à son propos. Pour résumer :

=> Emploi constant de la troisième personne.
=> L'action se borne à suivre le "héros".
=> Le lecteur ne connaîtra que les pensées du personnage principal.

Idéal à mon sens pour ces bons gros récits d'Heroic-Fantasy dans lesquels on retrouve souvent un personnage central luttant contre (presque) le reste du monde. Par contre, on ne bénéficie ni de l'intimité générée par la narration à la première personne, ni de la liberté de narration du narrateur omniscient. En contrepartie, on pourra y gagner en fluidité de description en ayant la possibilité de temps à autre de se décentrer quelque peu du héros.
Pour prendre un exemple basique - une scène de combat - la narration à la première personne oblige l'écrivain à une description par les yeux du "héros" alors que ce dernier procédé permettra de s'en éloigner quelque peu pour délivrer des détails d'ensemble. Par exemple, si le personnage se bat dans une auberge et que la garde pénètre dans la pièce, il faudra que le personnage voie les gardes pour que le lecteur en soit averti. Alors qu'avec le point de vue du personnage, le narrateur peut annoncer l'arrivée des gardes tout en précisant que le "héros" ne les a pas encore vus. Ainsi, la tension pourra être élevée grâce à ce danger dont le lecteur est conscient mais pas le personnage.

4. ) Soyons fous, mélangeons les points de vue !

Évidemment, tout ça peut être mélangé si c'est bien fait. Mais il s'agit d'une entreprise hasardeuse qui nécessite un soin particulier. Le procédé le plus simple, et très à la mode en ce moment, est d'insérer des passages épistolaires dans le corps d'un texte. Cela permet par exemple de passer d'une narration omnisciente voire du point de vue du personnage à de brefs passages de narration à la première personne.
A peu près tout est possible, mais il faut être capable de gérer ces assemblages pour qu'ils ne perturbent pas le lecteur ou pire, qu'ils ne l'égarent irrémédiablement...

Enfin, en guise de conclusion, sachez que ce choix est l'un des plus importants de la préparation à l'écriture, certainement plus crucial encore que le choix du temps de narration. En effet, si vous partez à l'aventure sans avoir déterminer cela, et que votre narration se révèle chaotique (un coup on sait ce qu'un tel pense, plus de nouvelles ensuite ; on s'attache à un personnage tout du long du texte puis interviennent subitement des passages avec un autre etc...), cela aura pour effet de déboussoler le lecteur et de décrédibiliser l'ensemble... Be carefull !

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