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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 09:22

claude-2-2-2Il y a peu, je relayais ici les conseils d'écriture de l'écrivain Claude Ecken.

ActuSF vient de mettre en ligne une quatrième partie de cette initiative, un ajout que j'ai cette fois lu jusqu'au bout sans (presque) sauter de passages.

Dans la première moitié de son texte, Claude Ecken évoque l'art de dissimuler les informations dans un roman pour, en les dévoilant avec une judicieuse parcimonie, réussir à captiver et tant que faire se peu surprendre le lecteur. Le tout est agrémenté d'exemples reprenant des grands noms de la littérature de Science-Fiction ou de Fantastique (d'Edgar Allan Poe à Iain M. Banks).

Dans la seconde, il aborde le sujet du plan, ses avantages et désavantages, la manière qu'il aura d'influer sur la rédaction proprement dite etc.

Le tout m'a paru cette fois beaucoup plus intéressant et structuré, à suivre donc (AMHA comme on dit).

L'article en question.

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Published by Simon Sanahujas - dans La parole aux maîtres
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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 13:53

Aujourd'hui j'ai découvert dans ma boîte aux lettres une enveloppe du genre mass-marketing. D'habitude, ce genre de chose finit expressément dans ma poubelle mais cette fois, le pli émanant d'une maison d'édition, je l'ai tout de même ouvert, par curiosité.
Passé l'effarement d'y découvrir mélangés de manière complètement chaotique un sondage, une demi-douzaine de feuillets flashy et un petit livret rassemblant des extraits de romans, je fais le tri et tombe sur plusieurs petites perles.
Parvenu à la fin de ce qui semble être le courrier de base, deux pages dans lesquelles les mots et expressions "gratuit", "cadeau", "rien à payer", "chance" etc. reviennent une demi-douzaine de fois chacun, je repère cette sympathique phrase :

"Cette Grande Enquête des Lecteurs 2009 n'est envoyée qu'à un nombre limité de femmes (...)."

Du coup je vérifie sur l'enveloppe et oui, en effet, le pli est adressé à Mme Simon Sanahujas (elle en sera certainement très heureuse, enfin je lui en parlerai le jour où je serai présenté à ma moitié...). Belle perspicacité donc dans le ciblage de l'enquête... Au-delà de ça, s'il s'agit d'un sondage destiné exclusivement aux femmes, pourquoi ne pas l'intituler "Grande Enquête des Lectrices" ? Mystère.

Passons sur toutes les choses que je ne manquerai pas de gagner si je renvoie et rempli tout bien comme il faut (étiquettes autocollantes à apposer ici ou là, trucs à remplir, le tout avec un pli non-affranchi, faut pas déconner...) et intéressons-nous à cette fameuse grande enquête. Et dans le genre sondage, c'est du costaud : 6 questions en tout et pour tout avec deux choix pour les quatre premières (vrai ou faux) et trois pour les dernières (fréquence de lecture annuelle et collection préférée chez Harlequin...).
Sans m'attarder sur les premières questions (quoi que celle qui ouvre le bal est rigolote : "En général, je préfère les histoires qui se terminent bien" ; fais chier : "ça dépend" ça dépasse), je bloque sur la troisième, jugez plutôt :

"J'apprécie davantage les romans avec des personnages auxquels je peux m'identifier plutôt que des histoires fantastiques ou irréalistes."

Woah, la mâchoire m'en tombe !
Ok pour la première proposition, moi aussi parfois j'aime bien m'identifier aux personnages d'un texte, mais la fin est démente ! Pourquoi ne peut-on pas s'identifier à des personnages tirés de romans fantastiques ? S'ils se déroulent dans notre monde, je ne voie pas ce qui peut l'empêcher, et s'ils se déroulent dans un autre, pourquoi n'aurais-je pas les mêmes dilemmes (sentimentaux, professionnels, relationnels, psychologiques etc.) que ces personnages ? Des personnages demeurent des personnages, non ?
Et "irréaliste" ça veut dire quoi ? Une bille de plomb qui tombe en l'air, ok, ça peut être irréaliste. Mais un univers de science-fiction par exemple, s'il semble probable au niveau de la prospective scientifique, est-il irréaliste pour autant ? Et les personnages qui y évoluent, ne peut-on s'y identifier ?

Dingue, non ?

Quant aux extraits gratuits (3 en tout), je n'ai pas réussi à lire plus de quinze lignes de chaque. Le style apparaît tout à fait exécrable et les entrées en matière des deux premiers (la troisième est un peu plus réussie) relèvent d'un académisme qui fait froid dans le dos. Tout s'y trouve prémâché pour le lecteur en un bel exemple de ce qui ne m'attire pas en littérature. En grossissant le trait, ça donne ça :

"Machin, que tous surnommaient [surnom de machin], regardait [décor de la première scène]. Il avait [background simplifié de machin]. Il était [humeur actuel de machin]. Et tout ça parce que [pourquoi que machin il est là].

Je vais peut-être me reconvertir, moi, ça à l'air beaucoup plus simple et vendeur que mes conneries...

 

Sondage-Harlequin.jpg

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Published by Simon Sanahujas - dans Billets d'humeur
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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 09:11
Pour inaugurer cette nouvelle année, une courte video gabonaise, un condensé résumant le périple tarzanesque en quelques deux minutes trente, un truc qui me fait rire en me rappelant de bons souvenirs semblant déjà remonter au siècle dernier :

 

Le reste de cette aventure demeure disponible ici. Et, pendant ce temps, je poursuis mes relectures et corrections, ce qui va m'amener très bientôt à publier un article là-dessus.

 

Et une bonne année 2010 !

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Published by Simon Sanahujas - dans News
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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 14:18
L'année dernière, Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier, les timoniers de la Rivière Blanche, me demandèrent un texte pour une seconde anthologie en hommage à Cal de Ter, l'un des plus célèbres personnages de P.-J. Hérault. Durant mon adolescence, je dévorais ses bouquins et je me suis donc laissé tenter.

Par contre, je ne voulais pas reprendre Cal, je n'aime pas écrire avec les personnages, ou en tous cas les héros d'autres auteurs, j'ai l'impression de leur voler quelque chose et je ne suis pas à l'aise. Bref, j'ai eu l'idée de m'intéresser brièvement aux androïdes qui accompagnent Cal et qui - certainement une mode à l'époque puisque J.-P. Garen faisait la même chose au FNA - s'humanisaient au contact du personnage principal. Bonne idée, non ? Ben non. Malgré que l'éditeur ait apprécié mon texte, celui-ci fut refusé par P.-J. Héraut en personne au prétexte que je n'avais pas repris son personnage.

Moi je trouve cela rigolo...

Comme je ne fus pas le seul à me retrouver évincer de l'anthologie pour peu ou prou les mêmes raisons, c'est l'ami Thomas Geha qui eut l'idée d'offrir ces textes "recalés" sur son blog. Vous pouvez donc y lire le sien ici, le mien , et d'autres devraient suivre dans les jours qui viennent.

Allez hop : cadeau de noël :

PS : Comme il s'agit d'un texte d'hommage, je me suis amusé à reprendre la structure des histoires mettant en scène Cal, la simplicité stylistique et les tournures de l'auteur, ainsi qu'un titre à la PJH directement inspiré de ceux de la série "La treizième génération", l'un de mes préférées quand j'étais gamin.



Sal et Lou

 

 

 

Mise à jour de HI

(Documents confidentiels coté H3R, enregistrés sur bandes indestructibles, communicables seulement sur ordres spéciaux.)

L’humain Cal a effectué un premier retour sur Oma 4, cinq cent quatre vingt deux ans après sa prise de contrôle de la base. Un mouvement de fanatisme religieux a nécessité son réveil et son ingérence dans le profil d’évolution de l’espèce vahussie — les autochtones peuplant le continent I. Après avoir éliminé la menace représentée par les hommes de Frahal, Cal s’est replongé en hibernation. Durant sa mission, il a pour la première fois été accompagné par les robots humanoïdes dont il avait ordonné la construction. Ceux-ci n’ont pas éveillé les soupçons des Vahussis, confirmant en cela la qualité de leur banque de comportement humain.

L’humain Cal se trouve en hibernation depuis cinquante années et, selon ses directives, je dois l’en tirer dans trois cent cinquante ans.

(Note : les comportements des robots humanoïdes semblent étranges pour de simples machines. Les Loyes ayant interdit la fabrication d’androïdes, je ne dispose pas des connaissances nécessaires pour en juger plus avant.)

 

 

Cal-de-Ter.jpg« Salvo ? »

L’androïde se retourne, découvrant Louro qui marche dans sa direction. Premier des robots dont Cal demanda la fabrication, son apparence est celle d’un superbe spécimen de Vahussi. Avoisinant les deux mètres, il présente le menton volontaire, les yeux gris clair et les cheveux d’un blond presque blanc du premier Vahussi que rencontra l’humain sur Oma 4 : Lourogastiyu. Lui est très légèrement plus grand, construit à l’effigie d’un autre ami de Cal, décédé depuis plus de six siècles : Salvokrip.

« Oui, Louro, qu’y-a-t-il ? »

Les deux robots se font face mais, alors que Salvo se tient complètement immobile, Louro apparaît agité de multiples mouvements. Ses yeux détaillent son vis-à-vis alors que son électronique rend cette action inutile, et il change parfois de pied d’appui, en une insolite parodie d’être humain. Salvo le constate sans étonnement, se contentant d’enregistrer les informations.

« Je vais me rendre sur Vaha, viendras-tu avec moi ? »

L’étrangeté de la phrase comme de la requête échauffe les circuits de Salvo. Il enregistre distraitement le fait que Louro ait parlé de Vaha et non d’Oma 4, mais peine surtout à l’égard de la question. Jamais personne — homme ou machine — ne lui a demandé quelque chose de cette manière. Lorsque Cal ou HI le sollicitent, il s’agit d’ordre. Là, Salvo comprend qu’on lui propose un choix.

« C’est HI qui veut que nous y allions ?

— Non, HI m’a donné son aval mais il s’agit de mon… idée. »

Salvo demeure immobile durant plusieurs secondes, son ordinateur interne en proie à une soudaine ébullition.

« Mais tu ne peux pas avoir d’idée, Louro. Nous sommes des machines, c’est impossible. Tu peux réfléchir pour trouver la solution à un problème si on te le demande, mais tu ne peux avoir l’idée toi-même.

— Je suis conscient qu’il s’agit d’un phénomène étrange, mais force m’est de constater qu’il s’agit bien d’une idée. Tu sais que Cal veut que notre comportement soit le plus proche possible de celui des êtres humains ?

— Oui.

— C’est en travaillant sur ce problème que m’est venu cette idée. Si nous effectuons un court voyage sur Vaha et nous mêlons quelques temps à sa population, nous pourrons remplir nos banques comportementales d’une multitude d’exemples d’attitudes humaines. En outre, nous pourrons communiquer des informations de première main lorsque Cal se réveillera. Il en sera certainement très heureux, ne crois-tu pas ? »

Encore une question ! Les circuits de Salvo frétillent de toutes ces nouvelles conceptions. Il lui faudrait énormément de temps pour analyser tout cela. Égaré, il s’en remet à la seule autorité dont il puisse disposer :

« Je l’ignore. Qu’a dit HI ?

— Il pense qu’il s’agit effectivement de la solution la plus efficace pour améliorer notre comportement humain.

— Et pour le fait que tu ais eu cette idée ?

— Il ne comprend pas encore mais il va y travailler.

— Et il t’a donné l’autorisation pour que nous partions ?

— Oui.

— Alors je viens avec toi. »

Bizarrement, un sourire vient fleurir sur le visage de Louro. Salvo croirait voir Cal…

« J’en suis heureux, Salvo. »

Heureux ?

 

 

De nuit, les deux androïdes ont discrètement atterri dans la partie nord du continent I. Le Module d’exploration s’en est allé silencieusement, laissant Louro et Salvo sous le couvert d’une forêt à l’obscurité impénétrable. Avec HI, ils ont convenu d’une mission d’une semaine, à la fin de laquelle le Module les récupérera au même endroit. Et en cas de soucis, ils sont de toute façon constamment en communication avec l’ordinateur de la base.

Les deux robots marchent d’un bon pas depuis une journée entière. Non loin désormais se dresse un petit port choisi par HI, à quelques quarante kilomètres de la ville plus importante de Senoul. Pour se fondre parmi les autochtones, ils portent des tuniques brunes, serrées à la taille par un épais ceinturon de cuir, sur de grossières chemises de laine. Louro arbore des collants d’un gros tissu de couleur rouge, bleu pour Salvo, et des bottes de cuir. Pour tout bagage, ils n’ont emporté que de courtes épées et deux dagues épaisses.

Tout d’abord étonné par l’étrange comportement de son collègue, Salvo se découvre à son contact de curieux schémas de réflexion. C’est un questionnement insoluble qui le pousse à interroger :

« Pourquoi ne sommes-nous que deux, sans Bellem et Ripou ? »

Des courants étranges parcourent son ordinateur alors qu’il parle. L’intelligence artificielle dont il est doté se surprend elle-même. C’est tout simplement la première fois que Salvo ressent quelque chose s’apparentant à de la curiosité.

« HI a décidé que deux robots suffiraient pour effectuer ce test. Si mon idée se révèle mauvaise, autant qu’elle implique un minimum d’androïdes. Et son analyse a montré qu’un voyageur solitaire paraîtrait plus étrange aux Vahussis que nous rencontrerons.

— Pourquoi nous deux ? » demande encore Salvo, amenant leur échange autour du dilemme qui l’agite.

« J’ai dit à HI que je voulais y aller…

— Tu le désirais ?

— Je ne peux pas l’expliquer, j’échoue à analyser cette réflexion.

— Pourquoi est-ce moi qui t’accompagne ?

— J’ai demandé à HI que ce soit toi. »

Salvo sent une chaleur inhabituelle dans son cou, siège de son ordinateur de raisonnement analytique. L’étrangeté de Louro le plonge dans un gouffre de perplexité informatique. Et il reste encore une chose qu’il échoue à comprendre.

« Pourquoi moi ? »

Observant son compagnon, Salvo surprend à nouveau un sourire étirer ses lèvres.

« Je n’avais pas envie de voyager avec Bellem. Son côté taciturne et renfrogné me procure un sentiment dérangeant. Et Ripou, je le trouve un peu niais avec son éternel sourire… »

La chaleur s’intensifie dans le cou de Salvo. Comment Louro peut-il éprouver de l’appréhension à l’égard de machines qui — au-delà de leur apparence — sont son exacte réplique ? Tout cela lui apparaît sans fondement. Et pourtant, sans qu’il réussisse à se l’expliquer, un sentiment quelque peu semblable habite son ordinateur : il lui plaît d’être ici avec Louro.

Salvo n’a pas l’occasion de poursuivre plus avant son raisonnement. Des cris dissipent soudain le calme du petit sentier forestier qu’ils empruntent. Quelques secondes s’écoulent avant que trois Vahussis ne fassent irruption devant eux. Deux femmes aux chevelures de platine, vêtues d’ample robes, courent en tirant et soutenant tant bien que mal un homme au visage ensanglanté. Bientôt, une demi-douzaine d’autres surgisse des bois à leur suite. Il s’agit d’hommes, sans exception, qui brandissent épées ou lances en bondissant à la poursuite du trio. Quand l’une des femmes les découvre, son visage se fait implorant tandis qu’elle leur hurle un « au secours ! » chargé de détresse.

Sans même se concerter, les deux androïdes analysent le même questionnement en un centième de seconde : que ferait Cal dans pareille situation ? Ils passent à l’action dans la foulée de leur raisonnement, avec toute la fulgurante rapidité de leur condition. Tirant leurs épées, Louro et Salvo s’élancent pour s’interposer entre les deux groupes.

« Cessez d’importuner ces trois personnes ou nous nous opposerons à vous, » lance Louro d’une voix forte.

Ignorant l’ai résolu et sans peur du grand robot, le premier des poursuivants éclate de rire :

« Fous ! Ne vous dressez pas entre des hommes de Frahal et des pêcheurs où il va vous en coûter !

— Vous devriez faire demi-tour ou… » renchérit Salvo avant d’être coupé par le même homme :

« Ou quoi ? Bande d’imbéciles ! »

Se tournant vers ses compagnons, il ajoute :

« Tuons-les… »

L’homme de Frahal n’a pas le temps de terminer sa phrase, Louro est entré en action et la pointe de sa lame apparaît comme par enchantement au milieu de son torse. Les cinq autres ouvrent de grands yeux, sidérés par la rapidité de leur adversaire, avant de se ruer sur les deux robots. À peine se sont-ils élancés que Salvo agit également. Sa lame fouette l’air, tranchant net la gorge du guerrier le plus proche, en libérant un flot de sang. Les mouvements des androïdes s’apparentent à un tourbillon flou dont l’œil humain peine à décomposer les phases. Louro désarme un homme d’un coup d’une incroyable force avant de lui transpercer l’aine d’un revers. Le soldat, l’artère fémorale tranchée net, n’a pas encore touché terre que le robot part un coup de taille puis sectionne dans le même mouvement circulaire le bras qui l’a menacé, au niveau de l’épaule. Dans le même temps, Salvo a frappé de taille, décapitant un homme avant de se fendre en avant pour embrocher le dernier.

Le combat a seulement duré une poignée de secondes.

Sous le couvert du bois, les six cadavres, immobiles, imbibent le sol de leur sang. À nouveau tout aussi calmes qu’une minute auparavant, les deux androïdes se retournent, découvrant le trio qui les observe avec des yeux exorbités. L’homme se trouve allongé dans l’humus, relevant cependant la tête pour les voir, incrédule, tandis que les deux femmes se tiennent accroupies à ses côtés. Elles se ressemblent beaucoup avec leurs traits fins, leurs yeux d’un bleu très clair et les mêmes lèvres pleines. Salvo se surprend à se demander si Cal les aurait trouvées jolies. Oui, très certainement.

« N’ayez pas peur, » dit-il en s’approchant. « Nous ne vous voulons aucun mal. »

L’homme semble souffrir d’une vilaine entaille au front, qui couvre de sang sa tempe et une partie de son visage, poissant ses cheveux presque blancs. L’une des femmes, qui paraît légèrement plus jeune, sourit timidement à l’androïde tandis qu’il s’approche. C’est l’autre qui se décide à prendre la parole. Salvo enregistre ses propos sans quitter le regard de la cadette. Un sentiment non identifié agite ses neurones électroniques.

« Vous nous avez sauvé la vie ! Nous ne pourrons jamais vous remercier pour cela…

— Inutile de nous remercier, » intervient Louro. « Nous avons agi comme tout voyageur l’aurait fait dans les mêmes conditions.

— Oh non… jamais je n’ai vu de gens s’opposer à ces hommes là. Et jamais personne se battre comme vous l’avez fait. Voici Melya, ma petite sœur, » dit-elle en désignant la plus jeune femme avant d’ajouter, montrant cette fois le blessé : « et Dovos, notre frère. Quant à moi, je m’appelle Freye.

— Je m’appelle Louro, et mon compagnon de voyage se nomme Salvo. »

Freye jette un œil à sa sœur puis, comme celle-ci lui répond d’un léger hochement de tête, elle reprend :

« La nuit va tomber, accompagnez-nous chez nous et nous vous offrirons l’hospitalité. »

Louro laisse passer une seconde, comme s’il réfléchissait, avant d’acquiescer poliment.

 

 

« Que vous voulaient ces hommes ? » demande Louro à Freye tandis que leur petit groupe progresse sous le couvert de la forêt.

L’androïde ouvre la marche au côté de la jeune femme. Salvo avance derrière lui, portant Dovos dans ses bras. Pour éviter d’attirer l’attention de trop suspecte manière, il fait sourdre des ports de sa peau synthétique de petites gouttelettes afin de simuler un effort pourtant inexistant. Melya marche à sa droite, surveillant l’état de son frère tout autant que le visage de son sauveur. Salvo a enregistré cette attention mais ne dit rien. Son intelligence artificielle est portée à la limite de la saturation par de nouveaux problèmes insolubles et les courants électriques étranges qui parcourent son système analytique le ralentissent. En proie à un fonctionnement clairement anormal, il se contente de sourire à Melya lorsqu’il surprend son regard.

« Ils voulaient tuer notre frère, » répond Freye avant d’ajouter : « Et je ne sais pas ce qu’ils auraient fait de ma sœur et moi si vous n’étiez pas intervenus…

— Qu’avait fait votre frère pour s’attirer leur courroux ?

— Ils disent que c’est un pêcheur et qu’il doit mourir pour cela. Il… »

La jeune femme hésite une seconde puis, encouragée par un sourire engageant du robot, se lance :

« Mon frère est homosexuel. »

Comme Louro demeure impassible, elle lui lance une œillade intriguée.

« Cela ne vous étonne pas ? Vous êtes la première personne que je rencontre qui ne réagit pas à ça, de quelque manière que ce soit…

— Chacun vit comme il l’entend. »

D’étonné, le regard de Freye se fait un instant vaguement soupçonneux, puis curieux.

« D’où venez-vous, Louro ?

— D’un village reculé, loin au nord. Nous voyagions pour venir trouver du travail sur les chantiers maritimes de Senoul. »

Louro a parlé très vite, récitant l’histoire calquée sur l’explication habituelle de Cal que lui avait fournie HI. Son ordinateur de raisonnement analytique lui intime de changer rapidement de sujet afin d’éviter d’attirer la suspicion de la Vahussie.

« Je croyais que la secte des hommes de Frahal avait cessé d’exister depuis un demi-siècle ? »

Freye l’observe un instant avant de se ressaisir.

« Oui, c’est vrai. Mais il y a quelques années, un groupe d’hommes violents et attirés par le pouvoir en est venu à regretter le culte de Frahal. Ils se sont regroupés et, depuis, terrorisent la région. Ils vérifient que nos mœurs correspondent aux commandements de Frahal et punissent, voire tuent parfois, les pêcheurs.

— Et vous ne faîtes rien ?

— Nous sommes loin des grandes villes ici et il n’existe par d’ordre réel. Ceux qui vivent ici sont pour la plupart des paysans. Ils ont trop peur des hommes de Frahal pour réagir… Tenez, nous sommes arrivés, voici notre maison, » conclut-elle en désignant une masure de bois et de chaume adossée à un amoncellement de rochers proches de la lisière de la forêt.

 

 

Les circuits de Salvo sont saturés de perplexité informatique. Allongé sur une peau d’antli, dans l’obscurité, il tente de comprendre ce qui lui arrive ; sans succès. Après avoir soigné leur frère, Freye et Melya les ont invités à partager leur dîner. Dans la pièce principale de la chaumière, elles leur ont offert du potage de légumes accompagné de pain brun. Équipés d’une poche spéciale où placer les aliments ingérés, les deux androïdes ont fait semblant de manger et d’apprécier. Toutefois, ils se contentèrent d’un minimum pour ne pas épuiser inutilement les réserves de la fratrie. Durant le repas, luttant contre les sentiments inhabituels qui le traversaient, Salvo n’a presque pas parlé, laissant à Louro le soin de faire la conversation. Celui-ci sembla y trouver un grand intérêt. Par sa façon de parler et l’attention portée aux Vahussis, on aurait dit Cal dans la même situation. C’est la grande sœur qui discourait le plus, évoquant les affaires de leur ferme et l’appréhension liée au regroupement des hommes de Frahal. Louro apprit ainsi qu’ils se comptaient au nombre d’une quarantaine et vivaient dans un village situé à une dizaine de kilomètres d’ici. À la surprise de Salvo, Louro annonça qu’ils iraient leur parler dès le lendemain, appuyant ses propos d’un clin d’œil à son attention.

Durant tout le temps que dura le repas, une grande partie de l’attention de Salvo se focalisait sur Melya. La jeune femme l’observait elle aussi, lui souriait en lui tendant le pain et parfois, subitement, rougissait légèrement avant de détourner le regard. Cette attitude troublait l’androïde au plus haut point. Pas parce qu’il ne la comprenait pas, mais parce qu’elle éveillait dans son ordinateur interne des troubles insolites. Il n’osait pas la regarder directement trop longtemps et se surprenait à l’observer lorsqu’elle le quittait du regard. Melya était grande, même pour une Vahussie, et son ample robe ne dissimulait pas complètement la souplesse d’un corps à la peau délicieusement cuivrée. Et maintenant qu’on leur avait proposé des couches pour la nuit, seul dans les ténèbres, les circuits électroniques de l’androïde lui restituaient l’image de la jeune femme. Il ne comprenait pas pourquoi mais, d’un autre côté, il n’arrivait pas à arrêter de contempler les images désormais enregistrées pour l’éternité dans ses banques de données.

Soudain, la tenture qui garde l’accès de la pièce se plisse, laissant le passage à une forme svelte. La vision nocturne de Salvo lui révèle immédiatement Melya alors que l’obscurité devrait lui dissimuler l’identité de sa visiteuse. Parvenue au pied de sa couche improvisée, la jeune femme dégrafe sa robe, qui tombe à ses pieds dans un froissement d’étoffe. Les lignes sculpturales du corps de la jeune femme se dévoilent au robot interdit, les longues jambes aux cuisses fuselées et les seins ronds et hauts placés. Un frisson informatique saisit l’androïde. Contre toute attente, il perçoit les inhabituelles difficultés de son ordinateur de raisonnement analytique. Toute la scène lui apparaît de manière incompréhensible, d’autant plus lorsque Melya se glisse contre lui. Son corps est brûlant, amenant son intelligence artificielle à une conclusion qui ne lui paraît pourtant pas juste. Elle présente les symptômes d’une fièvre féroce mais une étrange impression pousse Salvo à contredire le fait. Doucement, la main gauche de la jeune femme se presse contre son torse nu, qu’elle parcourt de caresses hésitantes. En réponse, un frétillement électronique tout à fait anormal fait vibrer les circuits du robot. Saisit à la fois d’un sentiment de panique et d’un improbable contentement, il tend sa propre main pour imiter les gestes de Melya. Lorsque sa peau synthétique se referme sur les chairs de la Vahussie, de nouvelles informations contradictoires viennent saturer ses facultés de raisonnement.

Alors les lèvres de la jeune femme viennent se poser sur celles de l’androïde.

L’explosion dans les circuits de Salvo est tel un tsunami dévastateur. Il n’analyse plus rien, réponds aux gestes de Melya en tentant de les reproduire. Parfois, il effectue inconsciemment d’autres gestes, vient caresser les fesses ou la poitrine de la Vahussie. La chaleur dans sa gorge atteint des sommets inégalés et se répand même dans son corps. Alors qu’elle se colle plus fort à lui, les caresses de la jeune femme se décalent vers son bas ventre, atteignent l’intérieur des cuisses puis s’attardent sur son entrejambe. Un frisson, physique cette fois, traverse l’androïde de part en part. Son ordinateur a cessé d’analyser quoi que ce soit et il réagit sans réfléchir. Sous les doigts de la jeune femme, le pénis factice du robot se met à durcir.

 

 

De retour dans la base, les deux androïdes paraissent indéniablement changés. Après leur nuit chez les trois frère et sœurs — que Louro passa en compagnie de Freye — ils partirent visiter le village des hommes de Frahal. Là, ils agirent comme Cal l’aurait fait ; un vrai massacre.

Alors qu’ils marchent dans les couloirs déserts de la base, Louro se tourne vers Salvo, un sourire naturel sur les lèvres.

« Voudras-tu y retourner ? »

Désormais, les deux robots partagent la même attitude : regards mobiles et gestes inutiles tandis qu’ils parlent.

« Oui. J’ai besoin de temps pour m’en remettre, mais j’en ai… envie. »

Salvo semble hésiter un instant puis tend sa main et serre délicatement l’avant-bras de Louro.

« J’ai envie d’essayer autre chose, Lou… »

Un frisson dénué de toute logique informatique parcourt les deux corps mécaniques.

 

 

FIN


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Published by Simon Sanahujas - dans Textes cadeau
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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 14:45
Avez-vous déjà entendu parler d'ActuSF ? Si vous vous intéressez un tant soit peu au milieu de la SFFF en France, vous devez certainement les connaître : ils sont partout. Bref, depuis quelques temps, ils ont fait appel à l'écrivain Claude Ecken pour qu'il publie sur leur site ses conseils à l'attention des écrivains en devenir.

L'un des buts de ce blog étant justement d'évoquer la manière d'aborder l'écriture, je me permets de mettre ici des liens vers les trois premiers articles de cette initiative :

Dans le premier, Ecken attaque d'emblée la question du synopsis :

http://www.actusf.com/spip/article-8231.html

Dans le second, il nous parle du scénario et de son rythme :

http://www.actusf.com/spip/article-8484.html

Enfin, dans le dernier article publié à ce jour, l'auteur poursuit sur le scénario en évoquant son exposition progressive :

http://www.actusf.com/spip/article-8611.html

Je dois vous avouer un truc : je n'ai pas lu jusqu'au bout chacun de ces articles, malgré tout mon intérêt pour la démarche. La première raison réside dans la longueur des textes sus-cités, toujours difficiles pour moi à lire sur un écran d'ordi. Enfin, j'y ai trouvé pas mal d'effets de style, plutôt sympas d'ailleurs, mais qui ont eu pour conséquence de noyer mon intérêt. Un côté plus scolaire et plus court m'aurait certainement emmené jusqu'au bout de ces textes. Ceci dit : je les lirai certainement un jour, et les conseils de ce genre demeurent trop rares sur la toile pour m'empêcher d'en louer l'initiative. Les auteurs en herbe qui traînent par ici, et que j'encourage vivement à multiplier les sources de ce genre afin de réussir à déterminer les techniques d'écriture qui leur correspondent, y trouveront forcément un intérêt certain.

Sur ce, bonnes fêtes de fin d'année !
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Published by Simon Sanahujas - dans La parole aux maîtres
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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 11:15


Tandis que je suis en train de peaufiner le texte du livre à venir retraçant nos aventures gabonaises, Libé vient de mettre en ligne un retour en images sur ce périple peu commun. Revoir toutes ces photos m'a replongé non sans bonheur dans les souvenirs de ce voyage rock'n roll. On a vraiment vécu un truc de cinglé du côté de l'équateur, et je n'espère plus qu'une chose : que le livre et les futures expos soient à la hauteur...

Cliquez sur l'image pour voir tout ça...

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Published by Simon Sanahujas - dans News
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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 12:52
De mon humble avis (comme d'habitude : ça ne concerne que moi et ça n'est pas forcément la meilleure vision des choses, mais vous savez à quoi vous en tenir désormais...), le travail d'un roman se découpe en quatre parties principales. J'ai évoqué l'organisation des idées, la création des personnages, et juste avant l'étape de la rédaction à proprement parler, il nous reste l'élaboration du synopsis.

Deux petites précisions avant de rentrer dans le vif du sujet. A ces quatre pôles peuvent venir s'ajouter d'autres, plus facultatifs à mon sens, je pense notamment à la construction du monde dans le cas d'un récit prenant place dans un univers imaginaire, la mise au point d'un champ sémantique particulier etc. Enfin, et j'y reviendrai ultérieurement (certainement dans un autre article), je ne vois pas véritablement d'ordre imposé à ces quatre points, si ce n'est que commencer par la rédaction ne me semble  pas forcément être la meilleure idée qui soit.

1.) La forme du synopsis

Grand fan de Robert E. Howard, j'ai eu l'occasion d'étudier pas mal de ses synopsis et découvert par la même occasion des textes très littéraires, de l'ordre du résumé de l'action comme on pourrait en fournir dans une chronique de livre ou de film. Visiblement, pas mal d'écrivains fonctionnent de cette manière et il s'agit donc probablement d'une bonne méthode, ou en tous cas d'une méthode qui fonctionne chez ces gens là.

Avec moi ça ne marche pas.

Je ne vois pas l'intérêt de faire de la littérature lorsqu'on travaille à un synopsis, en tous cas pas dans un premier temps. Au contraire même, je trouve qu'on y perd en clarté et que cela peut nuire à l'organisation des idées. Bref, pour moi, rien de tel que quelques mots synthétiques, des flèches voire même des schémas. A ce moment précis de son travail, l'auteur se situe dans la peau d'un architecte qui lance les prémices de son bâtiments. En tant que tel, il ne va pas s'amuser à évoquer la couleur des plaintes ou les éventuelles moulures des linteaux. En allant à la simplicité, à la clarté, on gagne une rigueur qui est à mon sens bénéfique. Il me paraît en effet fondamental de bien séparer les deux éléments complètement antinomiques que sont un synopsis et une histoire rédigée, et le fait de les opposer dans la forme fonctionne très bien... pour moi.

2). Premier synopsis


Systématiquement, mon premier synopsi tiens sur une feuille A4, écrit gros. J'y schématise les grandes lignes du roman : l'entrée en matière (la ou les scène(s) d'ouverture quoi), les moments les plus importants du récit (ceux qui vont en faire basculer la trame) et le dénouement. Pour "L'emprise des rêves", ça ressemblait à ça :



3). Développements du synopsi de base :

Pour reprendre l'exemple de Robert Howard, le Texan avait l'habitude, à ce moment, de se lancer directement dans la rédaction d'un premier jet. Il l'arrêtait à peu près à la moitié de l'histoire, et poursuivait en un nouveau synopsis relatant la fin de son texte. Ensuite il retravaillait son premier jet avant d'écrire la suite. Parfois, l'histoire lui échappait et le texte s'arrêtait à mi-chemin... Je ne fais toujours pas comme ça mais ça peut vous donner des idées.

Bref, une fois établi ce premier synopsis, je le reprends en l'approfondissant. Je réfléchie à l'enchaînement des actions qui vont naturellement relier les points cruciaux dont je parlais tout à l'heure. Au bout de deux ou trois refontes, je parviens à un synopsis assez détaillé, tout du moins en ce qui concerne l'enchaînement des actions jusqu'à la moitié du texte.

4). Passage à l'acte :

A ce stade, je n'en peux plus et je décide généralement de me lancer dans l'écriture. Je crois que j'ai alors besoin de passer au concret du rédactionnel pour avoir l'impression d'avancer. Je passe donc à ce que j'appelle le chapitrage. Il s'agit d'une étape dans laquelle j'entreprends le découpage proprement dit du texte. J'organise mes premiers chapitres en stipulant les points qui doivent y être abordés. J'agis ainsi sur une demi-douzaine de chapitres, j'enchaîne sur un synopsis un peu plus détaillé et je me lance.

Pour reprendre l'exemple de tout à l'heure, ça donnait ça :



Note : là ça commence au chapitre 6, je devais déjà avoir écrit le début.

5). Développements rédactionnels :

Commencer l'écriture me permet aussi de mieux visualiser mon histoire. En mettant en scène les personnages et leurs premières actions, de nouvelles péripéties s'imposent à moi, ainsi que des développements de l'intrigue que je n'avais pas du tout prévu à l'origine (et, je pense, que je n'aurais pas pu prévoir sans me lancer dans le rédactionnel).

Dès lors, lorsque je parviens aux derniers chapitres détaillés dans ce synopsis, j'en rédige un autre. De fil en aiguille j'obtiens un synopsis qui développe l'histoire dans son entier. Cela se produit généralement aux deux tiers voire trois quarts du bouquin.

Juste pour dire, je vous mets le dernier de ces synopsis pour "L'emprise des rêves" :


Conclusion :

Une remarque avant de finir : ce chapitrage ne me suffit pas à me lancer dans la rédaction. Je le développe dans un truc que j'appelle "chapitrage détaillé", j'en reparlerai un de ces quatre...

Pour ma part, je suis incapable de travailler correctement sans ces synopsis. Les textes que j'ai écrit au début, dans lesquels je me lançais sans réfléchir, ben ils sont dans des cartons et n'en sortiront pas. Quant au mythe de l'écrivain touché par la grâce, qui se plante devant sa machine à écrire et pond le chef d'oeuvre du siècle sans réfléchir, je n'y crois pas trop. Si vous prenez  Kérouac avec "Sur la route" par exemple, ça n'a tout simplement rien à voir. Certes il écrit son roman en trois jours mais il s'agit d'un récit de voyage dans lequel il raconte sa vie et pour lequel il possède tout un tas de carnets...  Nous sommes donc face à quelque chose de préparé en amont.

En fait, il me paraît tout simplement impossible de pondre un texte dont chaque rebondissement, chaque péripétie, chaque information trouve sa place juste dans l'événementiel narratif sans que tout cela ait été mûrement réfléchi au préalable. Je me trompe peut-être. A vous de juger.
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Published by Simon Sanahujas - dans (mes) techniques d'écriture
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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 15:53
Je ne peux résister à communiquer ce lien que m'a transmis l'ami Lucas Moreno d'Utopod (entre autres). Du coup, il me faut ouvrir encore une nouvelle catégorie. J'espère qu'on ne s'y perdra pas trop mais, en même temps, le fait de transmettre les conseils des pros me paraît trouver judicieusement sa place ici.

Lorsque je lis les conseils d'écriture des auteurs "professionnels", je trouve que cela relève souvent du foutage de gueule (évasif, tournant autour de la question sans y répondre, blablatisant au possible etc.). C'est comme s'ils rechignaient à livrer leurs techniques, de peur qu'ainsi armée une foule d'auteurs en herbe ne les surpassent... La technique ne fait pas tout, ça serait trop facile ; et on n'a jamais vu un peintre cherchant à dissimuler ses techniques mais bon.

Dans le lien que je vous propose donc, Neil Gaiman évoque avec brio l'enfer de la rédaction lorsque celle-ci parvient peu ou prou au milieu du roman, ce moment particulier où l'euphorie du début s'estompe, où l'excitation de la fin approchante n'est pas encore apparue, cet instant où on se demande parfois si le texte ne nous échappe pas, si on ne va pas s'y noyer. Alors, certes, Neil Gaiman ne vous apprendra pas ici comment devenir un auteur à succès, mais au moins, si vous vous trouvez dans ce cas précis, le fait d'apprendre que cela arrive à tout le monde, même aux meilleurs, devrait vous permettre de ne pas perdre espoir.

Bref, c'est ici et c'est en anglais. Je l'aurais bien traduit mais cela aurait demandé un temps dont je ne dispose malheureusement pas...
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Published by Simon Sanahujas - dans La parole aux maîtres
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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 09:12

Ce week-end avait lieu le festival des Utopiales de Nantes, où j'ai traîné mes guêtres en parfait touriste, retrouvé des potes, rencontrer en vrai des gens fort sympathiques que je ne connaissais que par échange de mail... et bu des bières.
Outre le Grand Prix de l'Imaginaire catégorie essai qui m'a été arraché par mon ami Fabrice Tortey (que je salue au passage), je me suis fait alpaguer - une habitude maintenant - par les gars d'ActuSF. Le résultat est cette interview vidéo tournant autour de mon périple gabonais :



De retour dans mes pénates, je poursuis la rédaction du livre "Sur la piste de Tarzan"que j'espère achever d'ici quelques jours afin d'attaquer les retouches, corrections, transmettre à l'éditeur puis suivre la mise en page jusqu'à une parution qui, je l'espère, s'opérera au printemps prochain. D'ici là, le livre devrait faire parler de lui dans l'autre pays du fromage, de manière inattendue mais fort sympathique...

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Published by Simon Sanahujas - dans News
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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 17:01

Gagner la guerre
Jean-Philippe Jaworski
Les Moutons Electriques éditeur - La bibliothèque voltaïque
Grand format - 684 pages
Illustration de couverture d'Arnaud Cremet

Aujourd'hui, j'inaugure une nouvelle partie de ce blog, qui consistera en petites chroniques de mes lectures. Comme il n'est pas question d'une quelconque vocation critique ici, je n'évoquerai pas tout ce qui me passe entre les mains. Je me contenterai plutôt des bouquins que j'ai aimé et sur lesquels j'ai quelque chose à dire, notamment, d'un point de vue d'auteur. L'idée est ainsi de compléter voire de développer les articles des "techniques d'écritures".



Gagner la guerre, c'est un prix des Imaginales, plusieurs nominations et très certainement d'autres prix d'ici peu, une avalanche de critiques élogieuses voire dithyrambiques, et un vrai succès puisque, d'après mes infos, l'éditeur l'a réimprimé récemment. Bref, un engouement général et... mérité.

Le cadre est celui d'une sorte d'Italie fantasmée, on pourrait dire parachronique pour employer un terme à la mode en ce moment, dont la culture et l'évolution technologique sont directement empruntées aux débuts de la Renaissance et, pour l'originalité, un système politique qui n'est pas sans rappeler la république de Rome. Le personnage principal est un homme du peuple, un voyou qui, à force de culot, d'habileté et d'intelligence, est devenu le maître espion de l'un des sénateurs les plus influents de cette république. Dans un récit narré à la première personne, on découvre une histoire complexe et tordue qui fait suite à une victoire guerrière de Ciudala sur les méchants Ressiniens. Première originalité : ce qui s'annonce souvent comme le final d'un texte de Fantasy n'est ici que le début du merdier. Car une fois les combats achevés commencent les luttes d'influence, les magouilles et les tractations secrètes où chacun cherche à tirer profit de la victoire.

Les bons points de ce roman (on peut même sans peine parler d'excellents points) résident dans une histoire délicieusement complexe et menée de main de maître, un rendu du cadre et de l'atmosphère remarquablement crédible, des personnages forts, travaillés et bien campés, des dialogues savoureux (peut-être l'une des choses les plus parfaitement maîtrisées par Jean-Philippe Jaworski) et des rebondissements souvent inattendus. Bref, un livre que je conseille et recommande vivement à l'amateur de Fantasy.

Passons maintenant au "mais". Car Gagner la guerre m'a amené à un constat des plus curieux : j'ai objectivement adoré ce bouquin, je le conseille vivement etc. mais j'ai sauté des passages entiers (ce qui m'arrive vraiment très rarement) et tiqué régulièrement durant ma lecture... Pourquoi ? En réfléchissant, je me suis rendu compte d'une impression plutôt étrange face à ce genre de livre : il se révèle excellent tout en étant souvent aisément perfectible. Contradictoire, non ?

Je vais commencer par un point qui n'engage que moi. J'ai trouvé délicieusement agréable de me plonger dans les entrailles d'une intrigue politique vraiment complexe et criante de réalisme. J'en ai été comblé parce que cela m'a changé d'une Fantasy que je suis tout simplement incapable de lire aujourd'hui, je veux parler des tolkienneries avec leurs cohortes de sorciers millénaires ayant déjà sauvé le monde quatre fois, de guerriers issus de soixante générations de rois tous plus preux les uns que les autres etc. Et pourtant, c'est précisément ce que nous sert Jean-Philippe Jaworski dans la seconde partie de son roman : une histoire d'affrontements de haute voltige entre sorciers surpuissants s'étant déroulés plusieurs siècles auparavant. Pire, cela ne sert à rien (aller, pratiquement à rien) si ce n'est à mon sens de desservir l'originalité première de l'histoire. Je peux éventuellement envisager qu'il s'agisse d'un clin d'oeil au précédent recueil de l'auteur - Janua Vera - puisque je ne l'ai pas lu, mais ça ne suffit pas à me convaincre de la judiciosité de ce passage.

Autre paradoxe : Gagner la guerre est un roman à la fois trop court et trop long. Trop court parcequ'arrivé à la fin, on reste sur sa faim, on aurait bien voulu poursuivre notre chemin en compagnie de ce sacré don Benvenuto. Et trop long car une foultitude de passages s'étirent bien trop en longueur à mon goût. Sans enlever une ligne à l'histoire, sans ôter ne serait-ce qu'une anecdote ou la moindre petite scénette, ce bouquin aurait pu aisément peser cinquante voire cent pages de moins. Car Jean-Philippe Jaworski en fait des tonnes dans ses descriptions, les élucubrations de son personnage principal etc. On se retrouve ici à la limite de la répétition et, en ce qui me concerne, du décrochage. Cela fonctionne presque car l'auteur écrit plutôt bien (j'y reviendrai), mais il n'empêche que c'est trop. Certes, l'atmosphère s'en trouve prenante et on se caille les miches avec le héros lorsqu'il marche dans la neige, mais après quatre pages de neige, de glace, de givre, de frondaisons ceci, de festonnage cela, de vent, de brise, de vêtements trempés, de chausses imbibés, de claquements de dents, de froid etc. on a certes l'envie de se boire un thé brûlant, mais on a surtout envie de passer à autre chose.

Quant au style de l'auteur, et c'est le deuxième paradoxe de ce livre, il est à la fois remarquable et bancal. On se trouve ici dans le registre du flamboyant : une avalanche de vocabulaire à la fois recherché et précis, une esquive sans fard de la répétition et un sens aigu des métaphores. C'est beau, plutôt fluide bref, un autre point fort du roman. Mais à côté de cela, on a une débauche d'auxiliaires, des verbes être et avoir partout, à un tel point qu'on pourrait croire à une conspiration. Notre langue possède une quantité effarante de verbes pouvant judicieusement remplacer l'auxiliaire être avec le double avantage d'apporter plus de précision et plus de fluidité (surtout quand on écrit au passé, qu'est-ce que c'est moche les "étais/était/étaient"). C'est d'ailleurs l'un des premiers conseils que l'on donne aux jeunes auteurs. Face au style si lissé de l'auteur, ça a de quoi surprendre.

Alors oui, certes, je chipote. Plus que cela : j'aurais très certainement laissé passer ces petites imperfections si je m'étais trouvé en présence d'un ouvrage simplement moyen plus. Mais c'est là tout le problème : Gagner la guerre est tellement remarquable et fascinant que l'on ne peut s'empêcher de s'attendre à l'oeuvre parfaite. En conséquence, ses légers défauts en apparaissent d'autant plus choquant. En même temps, c'est peut-être un avantage pour l'auteur, cela lui laisse l'occasion de nous bluffer encore plus la prochaine fois.

Allez, lisez-le, il s'agit de loin du roman de Fantasy le plus remarquable de cette année 2009.

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Published by Simon Sanahujas - dans Les bouquins des autres
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