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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 11:00

Les répétitions, c'est moche ; enfin il paraît.

 

Voyons ça dans le détail.

 

1). Quelques outils bien pratiques :

 

Pour commencer, l'indispensable dictionnaire des synonymes. J'en possède plusieurs, je ne les compte plus, et ils sont forts pratiques pour deux choses : éviter une répétition (vous aviez deviné ?), et trouver le terme adéquat. Il en existe plusieurs sortes, et je vous engage vivement à ne pas vous contenter d'un seul. J'en ai par exemple un qui se limite à donner une longue succession de synonymes pour chaque entrée. C'est pratique parce qu'il en liste un grand nombre mais ennuyeux lorsqu'on doit s'arrêter à l'un d'entre eux et qu'on se tape une dizaine d'allers-retours vers ce bon vieux Robert pour trouver les définitions qui vont nous permettre d'effectuer le choix le plus judicieux. A l'opposé, j'en possède un autre qui ne donne à chaque fois qu'un nombre limité de propositions mais qui adjoint une brève description de leurs nuances. Fort utile mais souvent frustrant de par le nombre limité d'exemples auxquels, souvent, on a déjà pensé...

 

Thesaurus-copie-1.jpgEt puis, par un beau jour de Noël dont je me rappellerai toute ma vie, mon petit frangin m'a offert un Thesaurus. Ouvrage dont j'ignorais alors jusqu'à l'existence, le Thesaurus est devenu ma bible d'écriture, le premier ouvrage que je dépose sur mon bureau, à côté de mon manuscrit, lorsque je me plonge dans une séance d'écriture. Sous certains aspects, c'est un dictionnaire des synonymes, mais pas que. Sous d'autres, il pourrait passer pour un dictionnaire analogique, voire thématique, mais pas que. En fait, le Thesaurus c'est tout ça à la fois et bien plus encore.

 

Basiquement, il se trouve séparé en deux. La première partie est une vaste succession de thèmes déclinés dans leur moindres détails avec toutes les idées et associations d'idées en rapport avec eux.  Par exemple, en allant à l'entrée "sensation"(entrée 343, sous-partie "sensation" de "Le corps et les perceptions" dans le chapitre traitant de "l'homme"), vous trouverez sensation, sens, impression, état de conscience, stimulation, neurophysiologie, intuitionnisme, échelle d'intervalle, sentir, affecter, émouvoir, sensible, sensitif, perceptif, sensationniste, sensiblement, d'instinct, esthésie- et -esthésie, chacun accompagné de ses propres synonymes et associations d'idées, explications et, bien sûr, de nouveaux renvois vers d'autres thèmes. Dingue, non ?

 

La seconde partie se présente sous la forme d'un index de mots avec les références vous permettant de retrouver ces mots dans la première partie par le biais de tous les thèmes qui s'y retrouvent associés. C'est, pour faire court et comme cela est si joliment dit sur la couverture, un formidable outil pour aller des idées aux mots et des mots aux idées.

 

Ce n'est pas un dico des synonymes qui m'a sorti de mes plus mauvais pas, mais toujours le mythique Thesaurus. Et à chaque fois, ce fut en me procurant l'intime conviction d'avoir mis le doigt sur le terme idéalement approprié à mon besoin. En un mot comme en cent : c'est le top !

 

A ce moment là de l'article, un autre que moi vous fournirai une énorme liste de liens internet vers des dictionnaires en ligne. Je sais qu'il en existe d'excellents mais il vous faudra les trouver par vous mêmes. Comme j'écris au stylo, je suis donc plutôt dans le registre de la matière : pas d'ordinateur sur mon bureau d'écriture et donc, à la place, un tas de dico et d'encyclopédie... 

 

Une petite remarque en passant, les dico papier recèlent en eux quelque chose d'absolument magique que les logiciels et autres sites internet excluent complètement. Ces derniers cherchent à faire sens en vous proposant exclusivement le résultat de votre recherche ainsi que les résultats ayant un rapport logique avec celle-ci. Mais avec le papier, l'oeil a la possibilité de glisser sur la page et de tomber sur un mot sans aucun rapport, connu ou inconnu, et de dévier ainsi de sa recherche première sans logique ni barrière. Bref, je le dis et cela n'est que mon humble avis : l'informatique est bien trop logique et structuré pour la création artistique !

 

2). Trois manières d'éviter la répétition :

 

Entrons maintenant, si vous le voulez bien, dans le vif du sujet. Pour illustrer mon propos, je vous propose un bel exemple bien bateau et bien moche :

 

Ils pénétrèrent dans la forêt. La forêt, à cette heure, était particulièrement sombre.

 

C'est beau, non ? Je vais peut-être déposer un copyright sur ces deux phrases pour les réutiliser dans un futur bouquin...

 

Trêve d'âneries, lorsqu'une répétition est gênante, comme dans cet exemple (où le problème se trouve encore amplifié par le fait que les deux occurrences du mot se suivent directement - oui j'ai fait exprès, qu'est-ce que vous croyez ?), vous disposez de plusieurs solutions pour y remédier. La première, c'est le recours à un synonyme, allons-y :

 

Ils pénétrèrent dans la forêt. La sylve, à cette heure, était particulièrement sombre.

 

C'est beau "la sylve", hein ? Ça vous plaît ?

 

Ben pas à moi.

 

Là on se trouve dans l'écueil type du recours au dictionnaire des synonymes : la fausse bonne idée de l'utilisation d'un terme original et rare. Car il est choquant pour le lecteur de tomber sur un mot si particulier au détour d'une phrase si banale, C'est le cas type de la mauvaise adéquation. En outre, "sylve" renvoie à quelque chose de très évocateur. On est dans le champ lexical de l'ancien, du mystérieux voire même de l'enchanté. Or notre forêt, ben c'est juste une forêt comme une autre, un peu plus sombre parce qu'on doit se trouver (visiblement) en fin d'après-midi.

 

Je me rappelle d'un copain qui avait coller cela dans un texte qu'il m'avait demandé de lui faire retravailler. Je ne dirai pas qui c'est parce qu'il bosse dans l'édition aujourd'hui... Lorsque je lui avais dit que c'était laid, il avait insisté et s'était défendu corps et âmes. Ce à quoi je lui avais dit : "non c'est laid et ce n'est pas un choix de ta part, tu as juste ouvert ton dico des synonymes et choisi le mot le plus joli". Et lui de me répondre "Ok, bien vu, je te dois une bière."

 

Allez, on recommence :

 

Ils pénétrèrent dans la forêt. Le sous-bois, à cette heure, était particulièrement sombre.

 

Ah, là ça me plaît plus.

 

Alors vous allez me dire qu'un sous-bois c'est pas comme une forêt, ce n'est pas exactement un synonyme. Eh bien vous avez tout à fait raison, et c'est là que ça devient intéressant. Puisque dans la première phrase, notre sujet "pénètre" dans la forêt, c'est donc que, dans la seconde, il s'y trouve, non ? Et le terme sous-bois permet à la fois d'éviter la répétition et de préciser où on en est de l'action. Voilà un bon exemple, à mon sens, de ce que permet le choix judicieusement adéquat d'un mot.

 

Mais il existe d'autres solutions, par exemple le recours à un pronom démonstratif pour remplacer l'occurrence qui nous gène :

 

Ils pénétrèrent dans la forêt. Celle-ci, à cette heure, était particulièrement sombre.

 

Ouf, débarrassé de notre répétition, et sans se casser la tête en plus !

 

A ce moment, je suis obligé d'effectuer une petite ingérence personnelle dans l'article, parce que les pronoms démonstratifs, je trouve ça moche et lourd. Je me rappelle quand, adolescent, j'écrivais des scènes de baston, j'en collais partout pour éviter de dire épée 27 fois ou adversaire 19 fois. Mais diantre, quand vous alignez sur trois lignes celle-ci, celui-ci, duquel et j'en passe, ben là je suis désolé d'être intransigeant mais ça donne un style exécrable...

 

Je vous donne l'option parce qu'elle existe et que, parfois, elle peut être utile voire même justifiée mais, à mon sens, c'est à éviter autant que faire se peut.

 

Enfin, la troisième et dernière option consiste en une réorganisation des phrases et de leurs propositions, afin tout simplement d'effacer la répétition de notre forêt :

 

Ils pénétrèrent dans une forêt assombrie par l'heure tardive.

 

Et une petite variante, un peu plus forte, en passant :

 

Ils pénétrèrent dans une forêt entênébrée par l'heure tardive.

 

Je crois que je préfère la version avec le "sous-bois" mais bon, ça passe pas trop mal. Après, ce genre de modification va impacter sur une autre facette du style, celle du rythme que j'aborderai dans une autre partie. En effet, on passe de deux phrases, une courte et une autre cassée par des virgules, à une seule phrase qui file sans respiration. C'est très différent et, pour bien faire, il faudrait voir quel est le rythme du paragraphe dans lequel elle s'insère pour vérifier si cela fonctionne. Ne vous inquiétez pas, j'en reparlerai...

 

3). Parole à la défense :

 

Ben oui, on s'acharne contre ces répétitions, c'est l'une des premières choses que l'on nous apprend, nos profs de français nous en parlaient même déjà à l'époque de nos hésitantes rédactions, mais est-ce qu'on ne s'acharnerait pas un peu trop ?

 

Milan Kundera disait qu'il ne cherchait jamais à éviter les répétitions, pour la bonne et simple raison que ce qui l'intéressait en premier lieu résidait dans la précision du sens. Son raisonnement est le suivant : si un mot correspond parfaitement à l'idée que l'on souhaite transmettre, mieux vaut le réutiliser plusieurs fois que d'employer un synonyme qui ne soit pas aussi fidèle à notre propos. Et ça se défend, non ?

 

D'autre part, l'utilisation délibérée d'une répétition peut permettre certains effets de style et donner un sens différent au sujet. Reprenons par exemple nos personnages qui viennent d'entrer dans une forêt :

 

Après moins d'une heure de marche, la forêt les oppressait d'une terrible manière. La forêt pesait sur eux, la forêt s'infiltrait en eux jusqu'à les étouffer de son omniprésence, la forêt phagocytait la moindre de leur pensée. La forêt etc.

 

Dans cet exemple précis, la répétition du terme "forêt" permet de souligner le ressenti des personnages. Si j'avais utilisé un synonyme à chaque fois, cela aurait donné cela :

 

Après moins d'une heure de marche, la forêt les oppressait d'une terrible manière. Les frondaisons pesait sur eux, le sous-bois s'infiltrait en eux jusqu'à les étouffer de son omniprésence, la sylve phagocytait la moindre de leur pensée. L'ammoncellement végétal etc.

 

Dans ce cas, le style est peut-être plus sympathique mais le rendu des émotions bien moins fort.

 

Autre utilisation possible d'une répétition, la mise en scène d'un mot afin de, par sa position et les termes qui l'entourent, lui donner une signification particulière :

 

En s'enfonçant ainsi, ils retrouvèrent la forêt de leur enfance, cette forêt protectrice et accueillante qu'ils avaient toujours connue, leur forêt.

 

Conclusion :

 

Certes les répétitions sont à éviter, de manière générale en tout cas. Il est évident qu'une page où apparaît cinq fois le même mot va gêner le lecteur. Cela dit, elle peut également se révéler un outil fort utile pour faire passer certaines émotions. A me pas jeter sans réflexion donc.

 

Note :

 

La fréquence d'un mot qui l'amène à devenir répétition varie en fonction du mot en question. Basiquement, les mots courants supportent bien mieux la répétition que des termes particuliers. Par exemple, si vous utilisez "senestre" dix fois dans un roman, le terme à beau exister et se retrouver séparer par de nombreuses pages, il pourra à force accrocher le lecteur. Et tout le problème des répétitions, et de l'écriture en général, réside là : veiller à ne pas créer de passages (à cause du style, mais aussi des thèmes, des clins d'oeil etc.) ayant pour conséquence de tirer le lecteur de sa lecture, perturbation qui nuit souvent à son immersion dans l'histoire.

 

Enfin, et je finis sur ce clifhanger, il existe certains termes pourtant très usuels qui souffrent énormément de la répétition, en particulier dans le cas de certains verbes. Cela, j'en parlerai dans l'article suivant :

 

Être ou ne pas être, enfin une réponse définitive.

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Published by Simon Sanahujas - dans (mes) techniques d'écriture
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commentaires

Olivia 11/06/2013 12:08

Pour ma part, j'aime utiliser des répétitions lorsqu'elles apportent un certain rythme, une certaine musicalité au texte.

Sanahu 18/07/2011 09:19


Bonne découverte de la mine d'or :-).


gWeg 17/07/2011 23:05


Ai acheté ce Thesaurus, merci pour tous ces conseils Simon !


Laurent Gidon 13/07/2011 10:23


Félicitations et merci pour ce retour au blog.
(je préfère aussi la version "sous-bois", justement pour le bond narratif qu'elle apporte)

Ceci dit, traquer la répétition c'est un peu "la direction littéraire à la portée des caniches", soit une façon automatique et sans risque pour un éditeur de faire (?) son boulot, juste après la
correction orthographique. Alors qu'accepter une répétition bien balancée, ça demande autre chose : du talent éditorial... Heureusement, il y en a !


Sanahu 12/07/2011 10:30


C'est parfaitement résumé : je vous donne mes trucs et vous y piochez ce qui vous intéresse, et jetez le reste :-).

Pour le Thesaurus, je viens d'aller voir les prix et j'hallucine. Je ne comprends d'ailleurs pas que cette merveille n'ait jamais été rééditée...