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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 09:44

Pour beaucoups de gens, le début d'année est l'occasion d'effectuer un petit bilan personnel. Pour la première fois, j'ai décidé de me plier au jeu et de me consacrer à un bilan précis : que me rapporte mon activité d'écrivain, activité à laquelle je voudrais pouvoir consacrer l'intégralitré de mon temps de travail mais que les dures réalités quotidiennes m'obligent à ne considérer que comme une activité annexe ?

 

Avant de rentrer dans le vif du sujet, une petite anecdote, symptomatique à mon sens. Lorsque je me présente comme écrivain, la première réaction des gens est de me demander si j'ai déjà été publié, ce à quoi je réponds par l'affirmative, expliquant que je ne me présenterais pas ainsi dans le cas contraire. Quand ces personnes apprennent que j'ai publié six bouquins (on pourrait même dire sept en comptant la récente réédition de "Suleyman"), puis qu'elles découvrent que je possède un boulot à côté parce que les gains issus de mon activité littéraire ne suffisent pas, leur effarement est sans bornes. Car oui : la plupart des gens ignorent complètement où va l'argent issu de la vente d'un livre (si c'est également votre cas, j'en parle ici).

 

Bref, en 2011, ma seule activité d'écrivaillon m'a rapporté la mirobolante somme de 2221,74€.

 

Eh ouais, quand même...

 

Un petit calcul histoire d'enfoncer le clou. Je consacre en moyenne 25 heures par semaine à cette activité. En reportant cela sur l'ensemble d'une année et en le ramenant à la somme totale de mes gains, nous parvenons à un salaire horaire net de 1,71€ environ.

 

Lol, ptdr, comme disent les jeunes, sur le web.

 

 

Mais avant d'aller plus loin, détaillons comment se répartit cette somme. S'il est vrai que sept de mes livres sont actuellement disponibles à la vente, je n'ai touché des droits en 2011 que sur cinq d'entre eux. Les droits des deux derniers ("Nereliath" et la réédition de "Suleyman") n'arriveront que cette année. Petit détail au passage, un écrivain touche sa paye une fois par an, ou une fois par semestre dans le meilleur des cas. Quand il s'agit d'une activité annexe, pas de soucis, on est dans le bonus toujours sympathique. Mais j'imagine le casse-tête pour ceux qui ne vivent que de cela. Cela dit, revenons à nos moutons (électriques éventuellement) : la plupart de ces cinq bouquins sont disponibles en librairie, deux d'entre eux ont bénéficié de tirages honnêtes (honnêtes pour notre petit milieu, soit 2000 exemplaires) et d'une bonne diffusion. Et ces cinq livres, que m'ont-ils rapportés en 2011 ? Eh bien la somme mirifique de 869,53€.

 

Yeeha !

 

D'où vient le reste me demanderez-vous ? Eh bien de choses diverses  et variées : expositions de "Sur la piste de Tarzan" et de "Conan le Texan", des rencontres rémunérées ainsi qu'une commande que je qualifierai de mercenariat : la rédaction d'un article qui m'a demandé quelques jours de boulot et m'a été payé un peu plus de 500€. Et c'est là que le bât blesse pour moi car, si j'ai été très content de ce travail (on m'en commande un de la sorte une fois par an environ), c'est assez démoralisant de voir qu'on peut gagner autant en quelques jours alors qu'un roman qui me prend presque une année de travail ne me rapporte au final que le double ou le triple de cette somme dans les meilleurs cas...

 

Précisons également que cette année, j'ai décroché une belle aide à la création de la part d'un organisme culturel régional, une bourse qui me permet aujourd'hui de prendre un congé sans solde au boulot et - rêve bandant s'il en est - de ne faire qu'écrire pendant quelques temps (cela dit, le réveil risque d'être brutal lorsque je retournerai au taf, mais j'y penserai à ce moment là...). Je vous rapporterai ici, à l'occasion, comment j'emploie cette chance et ce que j'en retire, mais ce n'est pas le sujet. Pour finir sur cette bourse, je ne l'ai pas comptabilisé dans mes gains 2011 pour une raison simple : si je veux péreniser mon activité de romancier (objectif très difficilement réalisable, mais bon...), j'estime que l'équilibre financier de celle-ci ne doit pas reposer sur des aides et doit se tenir lui-même. Je considère donc cette bourse comme un joli cadeau et une chance remarquable de pouvoir, le temps de quelques mois, vivre comme je le rêve : en écrivant tous les jours, de l'aube au crépuscule.

 

Mais ce qui me désespère au final, c'est la différence - que dis-je, le fossé - qui sépare l'auteur du reste de la chaîne du livre. Certes on pourrait se dire qu'il s'agit d'édition anecdotique - la SF en général possédant un public bien moindre que pour d'autres littératures -, que celui-ci possède sont circuit particulier etc. Mais non car, si je prends les exemples de mes bouquins, une partie de mes éditeurs vivent de leur activité, et la totalité des diffuseurs et distributeurs quand il y en a en vivent également, et même ces chers libraires en vivent, quoi que mal pour la plupart d'entre eux. Le seul qui ne vit pas de cette activité, c'est celui qui en est à l'origine, celui qui crée l'objet vendu par la suite : l'auteur.

 

Que j'aime notre monde...

 

Et pour finir sur une note quelque peu positive, notons qu'en 2010 l'écriture m'avait rapporté 1590,45€ et, en 2009, 1885,94€. Nous assistons donc à une nette progression, youpie !

 

Dans l'état actuel des choses, l'idée de vivre de ma passion semble complètement utopiste, cela est clair. Alors pourquoi continuer ? Eh bien la question ne se pose même pas, car l'acte d'écriture est l'activité que j'apprécie le plus, tout simplement. Au printemps, je n'ai pas écrit une ligne pendant près de trois mois, occupé que j'étais à réaliser quelques travaux, et j'ai manqué devenir fou.

 

Ce billet ne s'adresse donc pas aux autre fous d'écriture qui ont déjà mis un pied dans l'engrenage (vous êtes perdus, malheureux), mais plutôt à ceux qui se demandent s'ils ne pourraient pas devenir riches à million en écrivant des bouquins. La réponse à cette question est négative, confirmée par les exceptions à la règle que l'on connaît. Ah, et ces chiffres pourront s'avérer utiles également à tous ces écrivains en herbe qui se voient proposer des contrats d'édition à compte d'auteur par des éditeurs véreux : ces salopards vous promettent monts et merveilles mais vous vous retrouverez plumés, lisez "Le pendule de Foucault" de Umberto Eco si vous voulez en avoir un bel exemple...

 

Sur ce, je vous souhaite une joyeuse année 2012 !

 

 Droits

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Published by Simon Sanahujas - dans Billets d'humeur
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commentaires

error 03/07/2013 02:00

http://66.46.185.79/bdl/gabarit_bdl.asp?id=2472

Cécile brode 09/01/2012 20:58

Vraiment édifiant ! Décidemment, plus je lis ton blog, plus je perds mes illusions sur le métier d'écrivain... et c'est peut-être mieux ainsi ;-)
Je te souhaite, grâce à cette bourse, de pouvoir réaliser ton rêve de devenir écrivain à temps et salaire plein.
A bientôt,

Sanahu 06/01/2012 14:46

Merci. Ton commentaire me fait très plaisir car tel était en partie l'objectif de ce billet : faire ouvrir les yeux à ceux qui se rêvent en écrivain (ou affabulent sur les écrivains).

J'ai bien ri ce matin en consultant les stats de mon blog et en découvrant cette recherche Google : "Combien gagne un écrivain par mois". Cela résume bien toute l'incompréhension de la plupart
concernant le monde du livre.

Concernant le jeunesse, j'ai deux problèmes. Le premier c'est que lorsque j'imagine une histoire, elle est pratiquement systématiquement "adulte". La seconde c'est que je ne comprends pas bien
comment le roman jeunesse a pu prendre une telle place dans nos librairies puisque, lorsque j'étais jeune, je lisais des romans adultes, tout simplement. Cela fonctionnait très bien, cela me tirait
vers le haut je pense et ceux auxquels je n'ai pas tout compris sur le coup (sans pour autant que cela m'en gâche la lecture) je les ai relus par la suite...

Merci également pour tes encouragements à persévérer. Non seulement j'en ai bien l'intention, mais en outre l'année 2012 semble partir sous des auspices bien plus intéressants...

PS : oui, da : je suis sur Facebook :-).

Joslan F. Keller 06/01/2012 00:20

Bonjour,

J'ai trouvé ton article juste et intéressant à plus d'un titre. Si tous les apprentis auteurs et "auteuses" pouvaient le lire avant de se faire des films en technicolor 3D et à rêvasser à la gloire
et à la richesse avant d'avoir encore publié la moindre ligne...

Tu résumes bien la situation : vivre de sa plume, et uniquement de sa plume en France relève de l'exploit. C'est un privilège réservé à une petite caste (Levy, Werber, Musso, Nothomb..) et même
certains auteurs à succès complètent leurs revenus par des piges écrites ou dans les médias.

Pour autant, il faut persévérer, et se dire que peut-être, on ne sait jamais, son oeuvre risque de trouver un public... Mais c'est vrai que l'équation bon livre + marketing efficace + campagne
presse + critique louangeuse + buzz public n'est jamais réalisée ou presque.

Tu devrais voir d'un autre oeil la littérature jeunesse d'abord parce qu'on y bénéficie de plus de liberté paradoxalement que dans la littérature adulte et qu'il y a une demande du lectorat jeune
pour des nouveautés. Je n'ai publié qu'un roman jeunesse (le 2ème est en cours) mais la sauce monte doucement, de plus en plus de bonnes critiques, etc. Mais ça reste modeste.
Ce sont les guides et biographies publiées sous mon vrai nom qui me rapportent de l'argent (et j'ai un métier par ailleurs).

Est-ce qu'on peut te trouver sur Facebook ? Je n'aime pas ce réseau mais c'est un espace de promo incontournable.

De beaux projets en 2012 !
Au plaisir d'échanger,

Joslan F. Keller

Sanahu 04/01/2012 17:17

Ai-je une tête à écrire de la bit-lit ? Et pourquoi pas de la littérature jeunesse tant que tu y es ?